www.remontees-mecaniques.net - TKF1 de la Jasserie
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TKF1 de la Jasserie - La Jasserie

Photo remontée - Constructeur : Autre constructeur
- Description rapide : Un doyen des téléskis Français!
- Saison de la majorité des photos : hiver

- Type de reportage : reportage photographique commenté : le reportage propose de nombreuses photos largements commentées de l'installation

- Date d'ajout du reportage : 23/01/2008

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Notation du reportage
Note de ce reportage : 4.5 17 notes(s)
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Voici le reportage de cette installation. Il peut être scindé en plusieurs parties auquel cas l'auteur de chaque partie sera mentionné.

Partie 1Auteur de ce reportage : lolo42     Section écrite le 22/01/2008 et mise à jour le 10/06/2008 (cache 28/06/2008)


Que ce soit sur les pentes des monts du Forez ou du massif du Pilat, l'histoire du ski et des remontées mécaniques dans la Loire est relativement ancienne…
On sait peu que des "Jeux Internationaux d'hiver" ont été organisés à Saint-Genest-Malifaux dès janvier 1911…
C'est non loin de là, toujours dans le Pilat, au lieu dit "la Jasserie" que nous conduit ce reportage.
Transformée depuis déjà longtemps en refuge-auberge, lieu de passage, de séjour, cette bâtisse située sur ces prés bucoliques à 1300 mètres d'altitude, à la source du Gier, est un endroit riche en histoires. C'est celle, passionnante, d'un doyen des téléskis français que je m'en vais vous conter.

    La Jasserie du Pilat

Eugène Masson, un ingénieux précurseur :

Nous sommes en 1927, Eugène Masson, stéphanois de naissance s’ennuie de sa vie d’agent du Trésor Public. Un peu écrivain, un peu poète, un peu rêveur, c’est sur les hauteurs de sa ville natale, à cette Jasserie du Pilat, qu’il va finalement trouver cette communion avec la nature qui lui manquait tant jusqu’à présent … Il s’éprend de l’endroit au point d’aller finalement s’y établir en octobre avec sa famille.
L’hiver vient et devant l’arrivée de quelques courageux venus s’adonner à la glisse sur les pentes du Crêt de la Perdrix, il prend conscience de l'intérêt grandissant pour les sports d'hiver, dont on retrouve déja des traces à la Jasserie dès 1909, avec, notamment, la pratique d'un ski tracté par cheval.

    (Histoire du ski et des sports d'hiver dans le massif du Pilat - Photo Edouart Pinoncély, coll. Freddy Pinoncély)
Rêveur sans doute, perspicace et ingénieux certainement, Eugène Masson entreprend donc dès la fin des années 20 la construction d'un appareil motorisé qui permettrait aux skieurs de remonter sans effort les pentes enneigées de "la Cuvette".
Pierre Montaz, grand acteur du monde des remontées mécaniques, évoquant cette construction, décrit un remonte-pente dont la conception se rapprocherait d'un télétraineau... En effet, l'appareil aurait, semble-t-il, été conçu pour fonctionner en va et vient et remonter une quinzaine de skieurs embarqués sur un véhicule tiré par un câble, glissant sur la neige. Sa période de fonctionnement reste floue et cette première tentative sera rapidement avortée par la casse de la structure de la gare ; le manque de moyens financiers et mécaniques fera que la construction restera finalement à l'abandon ; les vestiges demeureront présent jusque dans les années 70.
    Voici la situation de l'appareil sur une vue en relief :

    ©Géoportail

    Voici une photo montrant la G1 de ce tout premier remonte-pente :

    (Histoire du ski et des sports d'hiver dans le massif du Pilat - M Achard)

    Une autre vue de l'appareil :

    (Droits réservés)


Un appareil pionnier :

C'est finalement en 1937 que sera installé par son fils Jean l'appareil qui nous intéresse aujourd'hui. Plus abouti, celui-ci va reprendre le principe d'un câble continu, sur lequel sont fixés des agrès. Ainsi allait donc naître, réalisé de façon entièrement artisanale avec les moyens du bord et des artisans locaux, l'un des premiers téléskis ; et si le tout est rudimentaire, on constatera, pour une installation entièrement conçue par des "amateurs", l'ingéniosité de l'ensemble, puisque l'on y trouve même un astucieux système de tension…

L'appareil est parfois, à tort, référencé dans certaines lectures comme LE doyen français, à l'image du titre de "premier téléski du monde" quasi officiellement attribué au remonte-pente de Schollach en Forêt Noire installé par Robert Winterhalder en 1908.
Cette erreur vient de la confusion fréquente faite entre le premier appareil de la "Cuvette" de la fin des années 20 et le téléski de 1937. Avec la "Cuvette", nous avons certes là un des tout premiers remonte-pentes français, mais, sauf à ce que l'appareil ait évolué par ensuite, on ne peut à priori pas parler de "téléski".
Une chose est sûre, les installations de Jean et Eugène Masson comptent parmis les réalisations pionnières d'avant-guerre.
On pourra citer parmis celles-ci, la première tentative d'un téléski à va et vient d'Yvon Marlier au Col de Porte en 1932, puis, toujours au même endroit en 1934, le téléski de la Prairie, premier débrayable au monde, et sans doute premier véritable téléski français, construit par Charles Rossat. L'année suivante sont implantés les téléskis de Tignes et Combloux. Enfin, bien entendu, une mention particulière pour l'Alpe d'Huez, qui compte, dès 1937, 3 téléskis, parmis lequel, celui de l'Eclose réalisé en 1935 par un certain Jean Pomagalski, qui s'attachera, toute sa vie durant, à perfectionner cette invention.
Des appareils originaux, des personnages créatifs, et surtout, de formidables aventures humaines...


Situation de l’appareil :

Le remonte-pente de la Jasserie de 1937, premier vrai téléski du site, est donc implanté à quelques centaines de mètres de la ferme-restaurant, sur le pré de Panisset, idéalement orienté plein nord. Avec ses 230 mètres de ligne, l'appareil n’est, de prime abord, pas très long. C'est pourtant déja honorable pour un remonte-pente d’entre-deux-guerres...
Il offre de plus des possibilités intéressantes : si les moins courageux se contentent de contourner le profil direct de terrain par le côté ouest en longeant les résineux, la pente directe du bas du pré qui s’offre aux plus téméraires est suffisamment importante pour permettre la pratique d’un ski technique. L'endroit sera d’ailleurs l’un des principaux terrains de jeux du plus jeune des fils Masson, Auguste, dit Dudu, qui deviendra champion de France de descente en 1936 et 1942 et participera jusque dans les années 50 à des compétitions, dont les Jeux Olympiques de Saint Moritz.
    Voici la situation du téléski repérée sur une vue en relief :

    ©Géoportail

Caractéristiques de l’appareil :
  • Nom de l'installation : téléski de la Jasserie (ou téléski de Panisset)
  • Type : téléski à perches fixes
  • Constructeur : Jean Masson
  • Année de construction : 1937
  • Saison d'exploitation : Hiver
  • Arrêt d'exploitation : 1940

  • Capacité : 1 personne/agrès
  • Nombre d'agrès : 60 environs
  • Sens de montée : droit

  • Altitude Aval : 1260 m
  • Altitude Amont : 1310 m
  • Dénivelée : 50 m
  • Longueur développée : 230 m
  • Pente Maxi : 35 % env
  • Pente Moyenne : 23 % env

  • Moteur : moteur essence Léon Bollée
  • Emplacement Motrice : amont
  • Emplacement Tension : aval

La gare aval :

La gare aval est située en lisière de Forêt, tout en contrebas du prè Panisset, l'endroit le plus enneigé du site. Elle se compose d'une poulie épousant le profil de la pente reposant sur un pilier réalisé en béton. La gare n'héberge pas la motorisation, mais possède un astucieux système de tension. Il est à noter que du fait de l'époque à laquelle a été réalisé l'appareil, l'ensemble des éléments de métallerie nécéssité par ce téléski est assemblé par rivets ou boulons et non soudé.





Intéressons-nous de plus près au fonctionnement du système de tension...
Comme on peut le constater sur la photo, la poulie retour n'est en effet pas directement fixée sur le massif béton, mais :
- solidarisée grace à un système d'étriers pouvant si nécessaire coulisser sur le profil métallique en U solidaire du massif béton
- et fixée à un bout d'une grosse tige filetée...
Cette tige circule au milieu du profil en U et est boulonnée sur ce dernier à son extrémité (on la voie d'ailleurs dépasser sur la partie avant du profil métallique).
Pour régler la tension, rien de plus simple, il suffit de régler les écrous de positionnement sur la tige filetée.
La poulie coulisse alors sur le rail jusqu'à l'endroit voulu.






    La ligne partie basse de la ligne, la plus raide, et le soleil rasant…

- La ligne :

La ligne de 230 mètres de long du téléski de la Jasserie peut se diviser en deux parties : une pente "relativement" importante pour commencer, puis, une cassure à mi parcours et une ligne qui se prolonge sur un relief doux jusqu’à l’arrivée. Elle dispose, répartis le long du parcours, de pylônes "fait-maison" tous identiques, à savoir de type portiques, sans doutes réalisés grâce au bois récupéré du défrichage nécessaire à l'implantation de l'appareil et de sa piste. Le brin montant passe sous le portique et est supporté par un galet en acier coulé tenu à la poutre supérieure par un étrié, tandis que le galet du brin descendant est directement pris sur l'extérieur du pylône, en extrémité de cette poutre.

Quelques photos d'époque montrant la ligne en activité, avec les pylônes bois :
    Début de la ligne:

    (Histoire du ski et des sports d'hiver dans le massif du Pilat - M Achard - Coll. de l'auteur)

    En milieu de ligne :

    (Photo Auguste Morel)

    Voici un schéma détaillant un pylône:


Aujourd’hui les pylônes en bois ont disparus… Cependant le long de la ligne on peut distinguer des petits talus permettant de repérer leur emplacement :


    Un peu plus loin, sur le haut de la ligne le profil de pente devient plus doux. Dans son prolongement se situe la gare amont :

- La gare amont :

L'arrivée était jadis abritée dans une construction en bois avec une toiture en tôles, permettant ainsi de protéger des divers aléas climatiques le moteur, récupéré sur une vieille automobile Léon Bollée. S'il ne reste aujourd'hui plus de trace de cet abrit, il subsiste, à l'image de la gare aval, le massif béton, et la poulie, ici motrice, directement boulonnée sur le pilier. On distingue également le support du treuil et la roue crantée sur laquelle ce dernier s'engrenait afin d'assurer la motricité.
Le haut de la ligne et la gare d'arrivée :

    (Photo Auguste Morel)

C'est donc au niveau de cette gare qu'était implanté le moteur essence Léon Bollée. On voit d'ailleurs le support sur lequel il était fixé :




    Le treuil était pris sur une roue crantée qui faisait tourner la poulie :





L'agrès :

Une soixantaine de "perches" fixes est installée, répartie sur la ligne.
L'agrès se présente comme suit : dans sa partie haute on trouve une petite suspente métallique de 30 cm fixée au câble dont la forme permet le franchissement des galets des pylônes et des poulies des gares ; à celle-ci est reliée une longue chainette, et, à son extrémité, une partie fixe en bois, avec, en son bout, une sellette similaire à ce que l'on trouve sur les téléskis à perches actuelles ; et même s'il n'y parait pas, cet agrès est relativement novateur pour l'époque puisque, jusqu'à alors, les selletes équipant les téléskis se limitaient généralement à une simple barre horizontale -à l'image d'un archet de téléski 2 places-, beaucoup moins confortable.
    Voici un schéma détaillant l'agrès :


Un succès malheureusement avorté :

"Certains dimanches de bonne neige, nous enregistrions jusqu'à mille cinq cents remontées" soulignait M. Masson; énorme pour l'époque, sachant que la pratique du ski était encore réservé à quelques élites! Ce remonte-pente a effectivement connu un succès important, les Stéphanois se pressant à la Jasserie dès la précieuse poudre blanche tombée, l'endroit était effectivement un haut lieu du ski stéphanois d'entre-deux-guerre. Deux tremplins avait d'ailleurs également été construits sur le site (subsiste aujourd'hui la structure métallique de celui en 1933).
Malheureusement, la seconde guerre mondiale portera un coup fatal à l'exploitation du remonte-pente : essence et skieurs viennent à manquer, les câbles sont récupérés... L'appareil restera définitivement à l'abandon et sera partiellement démonté.
La gare amont semble aujourd'hui perdue au milieu de nulle part :


1967 : développement d'un nouveau champ de neige :

L'histoire du ski à la Jasserie ne s'arrête cependant pas de façon aussi brutale. Ces premiers remonte-pentes auront indirectement enfanté plusieurs décénies plus tard d'autres appareils.
Après une nouvelle tentative sur le pré Panisset avec un câble tiré par un camion en 1951, puis l'installation d'un fil-neige en 1958, c'est finalement en 1967 qu'est installé un nouveau "vrai" téléski, avec une gare "type B" (Baby) débrayable, alimentée par un moteur essence déporté de 40 Cv. Son départ est implanté, comme la toute première remontée de 1928, à "la Cuvette", mais cette fois-ci, directement en contrebas de la Jasserie. Sa ligne s'étalle sur environs 400 mètres, de 1300 à 1355 mètres d'altitude et exploite la pente douce en direction du Crêt de la Perdrix. La famille Masson recouvre à cette occasion le Gier sur une centaine de mètres créant ainsi un front de neige élargi et un accès facilité depuis l'auberge.

    Voici une photo issue du Progrès de novembre 1967 montrant la gare "type B", ainsi qu'un forfait d'époque :

    Le Progrès - Document M. Achard


Devant l'affluence constatée, la famille Masson décide, en 1973, la construction par Poma d'un second téléski avec une gare de départ située quasiment à l'emplacement de l'appareil de 1928. L'appareil de 1967 sera lui aussi renové et la gare baby remplacée par une station Poma identique.
Ces remontées ont, à leur tour, permis durant plusieurs décénies, l'initiation au ski de bon nombre de petits stéphanois. Dès que la neige était là, tout Saint Etienne se retrouvant en effet à la Jasserie. Certains week-end l'attente pour prendre ces petits téléskis était d'ailleurs mémorable et entre les luges et les débutants, le champ de ski relevait parfois du champ de foire wink.gif .
Les conditions d'enneigement aléatoires ont malheureusement mis définitivement un terme à leur fonctionnement depuis 1992. Comme vous allez pouvoir le constater, si les perches ont été démontées, les gares, pylônes et câbles sont toujours en place.

Situtation des 2 téléskis :
    Voici la situation des téléskis sur une vue en relief :

    ©Géoportail

Caractéristiques des 2 appareils :
  • Nom de l'installation : Téléskis de la Jasserie A et B
  • Constructeur : Pomagalski
  • Année de construction : 1973
  • Saison d'exploitation : Hiver
  • Arrêt d'exploitation : 1992
  • Capacité : 1 personne/perche

  • Altitude Aval : 1300 m et 1310 m
  • Altitude Amont : 1355 m
  • Dénivelée : 55 et 50 m
  • Longueur développée : 400 m
  • Pente Maxi : 20 % env
  • Pente Moyenne : 15 % env

  • Emplacement Motrice : aval
  • Emplacement Tension : amont par contrepoids
  • Sens de montée : gauche

Quelques photos des appareils :
    Voici la G1 du téléski A en fonctionnement :

    Photo Alain Masson 1983 - Document M Achard

    Voici la G1 du téléski B actuellement :


    Le départ de ces téléskis est situé aux pieds de la jasserie et la pente qu'ils exploitaient était relativement douce.


    Cable déraillé sur le brin descendant :


    La ligne des téléskis avec la bâtisse de la Jasserie en toile de fond :




    L'arrivée, à 1355 mètres d'altitude, avec sa tension par contrepoids :


La fin d'une aventure ?

La fermeture des deux téléskis en 1992 vient clore la formidable histoire des remontées mécaniques à la Jasserie, commencée en 1928 par Eugène Masson! Aujourd'hui le ski ligérien se pratique désormais sur Graix et surtout Chalmazel.
L'auberge, avec ses produits fermiers et son cadre bucolique, demeure cependant un haut lieu touristique du Pilat, et reste le point de départ de nombreuses ballades (familiales, rando, raquettes, VTT). La Jasserie est en effet située à proximité immédiate du Crêt de la Perdrix, point culminant du massif du Pilat avec 1434 mètres d'altitude qui offre un magnifique panorama à 360°.
Et puis, qui sait, l'histoire étant un éternel recommencement, comme ces téléskis avaient en leur temps déja succèdé à leur ainé au siècle passé, un nouveau remonte-pente leur succédera peut-être à son tour un jour et cette belle aventure humaine reprendra-t-elle?




Remerciements et références :
- Pierre Montaz - "Les pionniers du téléski"
- Michel Achard - "Histoire du ski et des sports d'hiver dans le massif du Pilat"
- Eugène Masson - "La Jasserie et le Mont Pilat"
- Auguste Morel - photos d'époque
- Ainsi que les nombreuses personnes sur internet qui m'ont permis de regrouper ces informations, avec un merci tout particulier à Michel Achard



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