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TPH V 20 du Port (Sant Sebastià – Miramar)

Barcelone

Bleichert

T3 ES S2
Description rapide :
Un téléphérique Adolf Bleichert & co unique avec ses deux tours, témoin d une époque, qui survole le vieux port de Barcelone, reliant la colline de Montjuïc aux plages de Barcelonetta.

Mise en service en : 1931


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Auteur de ce reportage : lolo42
Section écrite le 22/11/2009 et mise à jour le 06/09/2013
(Mise en cache le 06/09/2013)

Barcelone téléphérique port Barcelone aeri port Barcelona teleferico Adolf Bleichert seilbahn

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¡ Benvinguda a Barcelona !

Située en Espagne en bord de Méditerranée, Barcelone est la principale agglomération de Catalogne. C’est une ville animée mêlant habilement traditions et histoire avec une certaine modernité baroque faisant la part belle à la créativité avec des artistes tels Miro ou Gaudi. Le littoral de la ville offre à lui seul un intérêt touristique de premier plan. À l’est, le quartier de Barceloneta et ses grandes plages de sable fin font la part belle à la détente. Les Barcelonais aiment à s’y retrouver après une journée de travail et l’endroit est très animé jusque dans la nuit. On y vient en famille ou entre amis pour une baignade ou un pique-nique au bruit des vagues qui souvent s’éternise autour d’une sangria. Plus au sud-ouest, la colline de Montjuïc domine la ville de 184 mètres du haut de sa citadelle militaire.

Reflet même de la vitalité culturelle de Barcelone, le quartier s’est construit au fil des nombreuses manifestations qui y ont été organisées. L’exposition universelle de 1929 y aura laissé son empreinte et bon nombre de ses pavillons, remarquables de par leur architecture, ont été conservés et pour certains reconvertis en musées. Enfin, entre les deux, le Port Vell, qui, avec la construction de son centre d’échange international et ses embellissements récents, a vécu ses dernières années une véritable métamorphose. Les bateaux de plaisance du vieux port côtoient ici les paquebots en partance pour les Baléares. L’endroit recèle plusieurs centres d’intérêt tels l’aquarium de la ville où de nombreux restaurants de qualité. Au cœur du quartier, trône une imposante tour de métal. C’est la tour de Jaume I. L’ouvrage constitue le point culminant du doyen des téléportés barcelonais : le téléphérique Sant Sebastià – Miramar (ou San Sebastian – Miramar en Espagnol), dit téléphérique du Port, un appareil peu conventionnel qui relie entre elles ces trois parties du bord de mer et que je vous invite à découvrir.

Au sommaire :


  • Dans la démesure des années folles...
  • Une destinée bien vite contrariée
  • De la résurrection à nos jours
  • Le trajet de Miramar à Jaume I
  • Le trajet de Jaume I à Sant Sebastià
  • Un peu de technique
  • Les cabines « Pavillon »


Depuis Montjuïc : au premier plan le port et au second Barceloneta ses plages :
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Dans la démesure des années folles…

L’idée d’assurer une liaison aérienne Montjuïc – Port - Barceloneta naît dans les années 20 portée par la grande frénésie culturelle et intellectuelle des années folles. Barcelone vient d’être fraîchement désignée pour l’organisation de l’exposition universelle de 1929 à Montjuïc. Devant l’engouement que suscite une telle manifestation, les idées foisonnent pour desservir au mieux et de façon originale ce futur centre d’attraits d’envergure internationale. Ainsi, on y construit un funiculaire qui gravira depuis l’avenue Paral-lel les pentes de la colline, mais l’on songe à une « attraction » nettement plus grandiose : un « transbordeur aérien » dont la ligne, en 2 tronçons, relierait donc Barceloneta et le port aux contreforts de Montjuïc, à proximité directe de l’exposition.

Enthousiasmés par les récents progrès en matière de remontées mécaniques, les promoteurs imaginent déjà les cabines circulant à plus de 100 mètres au-dessus des eaux de la Méditerranée suspendues à un câble tendu entre d’immenses géants de métal, offrant une vue imprenable sur la ville. Un appareil à vocation de transport certes, mais surtout une formidable expérience à vivre ! La société «Air Rail San San Sebastian – Miramar, SA" est donc créée et la concession accordée par décret royal sans tarder. L’ingénieur Juan Rodríguez Roda est désigné pour piloter le projet aidé notamment, pour la conception des tours, par l’architecte Carles Boigas, et, pour celle du téléporté, par Friedrich Gründel, travaillant pour le compte de l'entreprise allemande Bleichert & Co.
Bleichert, qui vient d’achever le téléphérique du Zugspitze, alors appareil de tous les superlatifs, et finalise déjà, non loin de Barcelone, son installation reliant la vallée du Llobregat au monastère de Montserrat ; Bleichert & Co, qui, grâce à son brevet Bleichert-Zuegg, demeure une des entreprises piliers du téléphérique moderne et remporte en Europe tous les succès dans cette période d’entre-deux-guerres.

Le chantier du téléphérique présenté en 1929, avec des vues montrant l'avancement des gares
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Exposition Internacianal, Barcelona, 1929-1930 / Análisis estructural de edificios del siglo XX: Torre Jaume I


On voit donc les choses en grand : pour l’occasion l’entreprise barcelonaise Material para Ferrocarriles y Construcciones S.A, titulaire du lot métallerie, commence à Barceloneta la réalisation d’une tour de 78 mètres nommée Sant Sebastià, ainsi que d’une seconde vers le Port nommée Jaume I, à la fois gare et pylône d’appui intermédiaire de pas moins de 107 mètres ; on prévoit même sur cette dernière l’implantation d’un luxueux restaurant panoramique au premier étage. Bien entendu, des ascenseurs sont construits pour permettre au visiteur de rejoindre sans effort le sommet des ces ouvrages. Quant au téléporté en lui-même, Bleichert dimensionne l’installation en vue d’une exploitation avec 4 cabines mues par un seul et même câble tracteur !
Le gigantisme de l’opération s’avère tel pour l’époque, que notre téléphérique San Sebastian-Miramar ne sera finalement pas opérationnel pour l’exposition de 1929. Il faudra attendre le 12 septembre 1931 pour que l’appareil soit enfin inauguré avec ses quatre cabines « Pavillon », qui se rencontrent alternativement deux à deux à la station intermédiaire Jaume I depuis les stations terminales de Miramar et de Sant Sebastià. D’une longueur totale de 1303 mètres, le trajet total s’effectue alors, changement compris, en moins de 4 minutes à 5 m/s.

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© Google Earth

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Le téléphérique en fonctionnement avec ses 4 cabines au début des années 30 :
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Photo DR (collection LB)

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Photo DR (collection LB)

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Photo DR (collection LB)


Une destinée bien vite contrariée

Malheureusement mis en service trop tard pour l’exposition, le téléphérique San Sebastian-Miramar le sera également pour bénéficier des retombées économiques positives des années 20. C’est dans le contexte économique morose qui va suivre la crise de 1929 et annonçant les prémices de la seconde guerre mondiale, que l’appareil va entamer son exploitation au public. Aussi, il ne connaîtra qu’un succès mitigé loin de celui escompté initialement. Pour ne rien enlever, l’Espagne s'apprête à vivre dans les années 30 une des périodes les plus noires de son histoire. D’abord conflits sociaux et politiques, les oppositions entre nationalistes et républicains vont très vite dégénérer en combats armés et plonger le pays dans la guerre civile.

Mais le sort va s’acharner plus encore sur le beau jouet tout neuf ! Durant le conflit qui déchire le pays, c’est un tout autre usage, auquel n’avait certainement pas pensé Juan Rodríguez Roda, qui va être trouvé à la tour Jaume I : de par sa taille et sa position, ce colosse d’acier constitue en effet un poste d’observation avancé de premier plan et une mitrailleuse y est installée ! Aussi, 5 années après son inauguration, Jaume I va être la cible de nombreuses attaques et copieusement bombardée lors des combats. L’intensité est telle qu’en plus de toucher la tour, des câbles vont finir par rompre et une cabine s’en trouvera projetée à la mer, se disloquant totalement au contact de l’eau, perdue à jamais. Le constat n’est guère plus réjouissant pour la seconde restée parquée dans la tour : elle survivra à la noyade, mais restera d’autant plus exposée aux feux des combats. À la sortie elle s’avèrera tout autant irrécupérable. Au premier avril de l’année 1939 à la fin de la guerre civile, et moins de 8 ans après son achèvement, le téléphérique du Port n’est déjà plus qu’à l’état de ruine !

Viennent les années de la reconstruction du pays… Déjà amputé de deux de ses véhicules, on décide de récupérer au téléphérique du Port sa cabine stationnée en gare de Miramar, demeurée intacte, pour l’installer à quelques 30 kilomètres sur la remontée de Montserrat qui a également subit des dommages importants durant la guerre civile, mais dont la reprise d’exploitation s’opère dès 1940. Que reste-t-il au téléphérique du Port ? Une cabine sur ses 4 initiales, des câbles coupés, et une tour principale à l’état de délabrement ! L’installation reste ainsi à l’abandon durant des années, rouillant rapidement au contact de l’air marin. Un spectacle désolant pour les Barcelonais. Désolant et dangereux : lorsque que les vents se lèvent il arrive de voir des tôles se détacher des tours et être projetées dans le vide plusieurs dizaines de mètres plus bas ! Comme si cela n’était pas suffisant, le sort va encore s’acharner ! En août 1957, un hélicoptère militaire effectuant des manœuvres va heurter le câble de la ligne de secours demeurant encore tendu, provocant la chute de l’appareil à mer et la mort de ses occupants. S’en est trop : cette installation, devenue la honte d’une ville, constitue désormais une priorité pour la municipalité.

La tour de Jaume I à la sortie de la guerre civile : Il ne reste que la carcasse métallique du restaurant et des quais et seule une des deux cabines de la tour est encore présente :
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(Photos DR - Remerciements à Jose Mora)

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(Photos DR - Remerciements à Jose Mora)


De la résurrection à nos jours

Que faire du téléphérique du Port ? Procéder à une déconstruction totale ? L’idée est un temps évoquée, mais un homme va se battre pour que l’installation survive. Cet homme, c’est l’un des pères de l’appareil, concepteur de la partie technique du téléporté : Friedrich Gründel. Le téléphérique constitue en soi une belle attraction touristique et un beau belvédère. En lui redonnant une seconde vie, la verrue dangereuse se transformerait en atout pour Barcelone, effaçant d’autant plus la triste période précédente… Gründel va gagner son combat auprès des autorités : c’est le pari d’une réhabilitation qui va être lancé !

À l’image, en France, plusieurs décennies plus tard, d’un certain Creissels pour le téléphérique de La Grave, l’ingénieur allemand va reprendre et gérer lui-même l’appareil qu’il a conçu, et fonde la société « Teleféricos de Barcelona, S.A ». Il obtient une concession d’exploitation en 1958 assujettie, bien entendu, à la remise en état de l’installation. On s’aperçoit finalement que les structures des tours, solidement dimensionnées lors leur construction initiale, ont, sommes toutes, assez bien résisté. Après quelques travaux, en 1960, on inaugure à nouveau la tour de Sant Sébastia : un restaurant y est aménagé et l’ascenseur rénové permet de monter au sommet pour profiter d’une vue sur Barcelone. En 1962, c’est au tour de Jaume I, la station intermédiaire, d’être rénovée. Elle y perdra dans l’histoire son restaurant panoramique… Dans la foulée la cabine prêtée à Montserrat est récupérée et de nouveau câbles sont tirés. Un an plus tard, et 21 ans après sa première tentative d’exploitation avortée, le téléphérique du Port ouvre à nouveau au public, mais cette fois ci, avec seulement deux cabines. Jaume I a été modifiée de façon à ce que ces dernières puissent poursuivre leur trajet vers la station suivante (auparavant le changement de cabine était obligatoire à cet endroit). On en profite également pour réduire la vitesse à 3 m/s de façon à diminuer les coûts et laisser aux passagers tout le loisir de profiter de la splendide vue offerte depuis les cabines. Le « transborador aeri » est revenu à la vie !

Plus tard, à la mort de Gründel, la société sera vendue au propriétaire du Swiss Hotel de Barcelone puis revendue au propriétaire du parc d'attractions Montjuïc. Malheureusement, après plus de 30 ans d’exploitation et un bilan financier mitigé, l’état général des deux tours et des câbles n’inspire plus guerre confiance. La Direction Générale des Transports de Catalogne décide en 1995 la fermeture de l’installation ! Dès 1996, une politique ambitieuse de restauration va cependant être menée. Parallèlement à la réhabilitation du quartier du Port Vell et à la construction de son centre d’échange international, les tours à nouveau restaurées retrouvent peu à peu de leur superbe, les câbles sont remplacés en 2000, le restaurant de Sant Sebastià est repris et rénové, et un projet similaire est étudié pour celui de Jaime I. Loin des délabrements des décennies précédentes, le quartier est maintenant devenu un lieu de vie magnifique où il est agréable de flâner. Le téléphérique y trouve désormais parfaitement sa place d’attraction touristique de premier plan.

La remise en état et la réouverture du téléphérique dans les années 60 :
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(Photos DR - Remerciements à Jose Mora)

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(La Vengardia- Remerciements à Jose Mora)


Caractéristiques du téléphérique


  • Nom de l'installation : Téléphérique du Port / Sant Sebastià – Miramar
  • type : Téléphérique à va et vient
  • Constructeur : Adolf Bleichert & Co
  • Année de mise en service : 1931
  • Exploitation : toute l’année
  • Véhicule : Bleichert Pavillon
  • Capacité : 20 personnes + 1 conducteur (plus dans la pratique)
  • Nb véhicules : 2 (4 initialement)
  • Temps de Trajet : 3min + 3min
  • Débit dans chaque sens : 150 personnes/heure
  • Vitesse d'exploitation : 3 m/s
  • Altitude Gare Sant Sebastià : 86 m
  • Altitude Gare intermédiaire Jaume I : 119 m
  • Altitude Gare Miramar : 55 m
  • Longueur développée : 1303m
  • Câble porteur : 1 / voie de 45mm
  • Câble tracteur : 23mm
  • Câble auxiliaire : 17mm
  • Emplacement motrice : Miramar
  • Emplacement tension : Sant Sebastià
  • Type tension : contrepoids


De Miramar à Jaume I

La station Miramar

À 55 mètres d’altitude, nichée au pied de la colline de Montjuïc, la gare de Miramar constitue le point le plus bas de l’installation. La station a été implantée à proximité de l’hôtel et de l’avenue éponymes, et bien que quelque peu excentrée, elle reste à proximité de différents centres d’intérêts touristiques tels le musée Miro ou le stade olympique, mais également des deux remontées (funiculaire et télécabine) qui équipent la colline. Un projet de téléporté visant à desservir en liaison directe la station Mirador de la télécabine est par ailleurs en cours d’études…

Vues de la gare Miramar côté ligne :

Vue générale avec, sur la gauche, l'hôtel Miramar :
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L'ensemble station et restaurant panoramique :
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La vue sur la ligne du restaurant panoramique :
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(CC-BY-SA-3.0 Carlos Lorenzo)



Au contraire du restaurant panoramique qui la jouxte, la gare, semi enterrée, ne se remarque que discrètement depuis l’extérieur. L’avenue Miramar est en effet située au niveau de la toiture terrasse du bâtiment, qui constitue un beau belvédère pour observer l’installation et l’activité du port, et seul la présence d’un modeste guichet surmonté d’une épigraphe « Teleféricos de Barcelona SA » informe que l’on se trouve bien à proximité de la station. Après s’être acquitté de son titre de transport, il reste à descendre les escaliers pour cette fois réellement découvrir le départ de l’appareil.

Zoom sur la gare de devant :
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Vues de la gare Miramar côté Montjuïc et embarquement :

Depuis l'avenue Miramar, le seul élément de la ligne visible est la tour de Jaume I :
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Le discret guichet où l'on achète ses titres de transport :
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L'accès au quai :
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Vous avez votre ticket ?...
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... alors embarquons !
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La ligne Miramar-Jaume I

Le premier tronçon de l’appareil est constitué d’une unique portée de 652 mètres reliant la gare Miramar à la tour de Jaume I. L’appareil démarre en douceur et évolue au dessus des toitures des habitations situées directement en contrebas. L’on s’éloigne progressivement de la station de Miramar et la vue sur la colline de Montjuïc s’élargie progressivement. Au fur et à mesure de l’avancée la cabine va prendre de la hauteur jusqu’à plus de 100 mètres au dessus du niveau de la mer. A l’ouest, les bâtiments du port s’offrent désormais aux yeux du voyageurs, et la ville dévoile peu à peu ses différents édifices. Un peu plus de 3 minutes se sont écoulées et nous atteignons la tour de Jaume I.

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Départ de la cabine :
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Direction Jaume I :
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On se retourne et l'on profite d'une large vue sur la colline de Montjuïc :
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Sur le nord, la ville laisse apparaitre ses bâtiments :
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Direction Jaume I :
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Approche de la tour depuis la cabine :
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Arrivée à quai :
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La tour de Jaume I

Haute de 107 mètres, et dominant directement le port à 119 mètres au dessus du niveau de la mer, la tour de Jaume I s'impose comme l’ouvrage le plus remarquable de l’installation de par ses proportions, mais également de par son dessin, plutôt élégant. La grandeur de l’édifice rend hommage à la personne de Jaume I (Jacques 1er), comte de Barcelone (1208-1276) et roi d'Aragon. Un royaume que l’homme va d’ailleurs considérablement élargir et structurer au long de son règne.

La construction est admirablement mise en perspective depuis les récents travaux du quartier et la construction du centre d’échange international. Techniquement parlant, ce géant de métal forme une base quadrangulaire constitué de tirants en croix de Saint André. Il est à la fois, ouvrage de soutien de la ligne et gare intermédiaire ! Il conservera d’ailleurs très longtemps le titre de pylône de téléphérique le plus haut du monde. Un pylône très évolué en fait, puisque équipé d’ascenseurs, de quais, et au-dessus du premier tirant, d’une plate-forme octogonale saillante à destination du restaurant panoramique. La tour est située à mi-parcours ; les deux cabines s’y rencontrent donc et marquent un arrêt pour les passagers désireux de descendre où d’embarquer.

Pour l’histoire, directement situé sur le front de mer, le téléphérique du Port est parfois exposé aux vents violents. Aussi, dès que les anémomètres de Jaume I s'affolent, il n’est pas rare de trouver portes closes, avec une simple affichette informant l’usager que le service est interrompu du fait des conditions atmosphériques, à la plus grande surprises des passagers s’étant acquittés d’un trajet aller-retour. Il arrive donc que le retour se fasse par un autre moyen que le téléphérique et dans ce cas, de confortables chaussures s’avèrent de rigueur ! Des transports en communs sont cependant situés à proximités des différentes stations.

Vues d'ensemble de Jaume I :

Jaume I et le centre d'échange international :
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(Photo Téléfan)

L'ensemble de la tour, depuis la ligne :
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(remerciements à Jose Mora)

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(remerciements à Jose Mora)

La mise en perspective suite aux travaux réalisés sur le quartier :
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(Photo Téléfan)

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Vues sur les quais de Jaume I :

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(Photo Téléfan)

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(Photo Téléfan)

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L'affichette que les passagers peuvent trouver en cas de vents violents :
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De Jaume I à Sant Sebastià

La ligne Jaume I - Sant Sebastià

Tout comme le tronçon précédant, la partie de la ligne Jaume I - Sant Sebastià est constituée d’une unique portée de longueur similaire (651 mètres). Le départ est impressionnant puisque l’on quitte Jaume I pour se retrouver en sortie de quai directement suspendu à quelques 100 mètres au dessus du vide, survolant les différents bateaux du port. Déjà on aperçoit les plages de Barceloneta. En se retournant, le panorama sur la ville s’avère magnifique. Un point de vue en hauteur et en retrait depuis la mer des plus originaux. Depuis la montagne de Tibidabo jusqu’aux ramblas, aucun monument n’échappe au regard des passagers. La cabine, lentement, s’approche de la tour terminale. On ne distingue plus désormais que la Méditerranée à perte de vue, et Sant Sebastià vers laquelle nous nous dirigeons semble perdue au milieu des eaux… Un voyage au dessus de la mer en radeau aérien… Une sensation particulière, presque poétique !

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La cabine s'éloigne de Jaume I :
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Et l'on profite d'une large vue sur Montjuïc et le port de marchandises :
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Survol de paquebot en partance pour les Baléares :
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Vue sur Barcelone, La colonne de Colomb et Las Ramblas au premier plan, et la montagne de Tibidabo en fond :
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Notre point d'arrivée en ligne de mire :
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Au pied de la tour : les plages de Barceloneta :
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La méditerranée à perte de vue :
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La tour Sant Sebastià (San Sebastian)

Du haut de ses 78 mètres de hauteur (86 mètres au dessus du niveau de la mer), Sant Sebastià apparaît légèrement moins imposante que sa grande sœur Jaume I. Elle est constituée de trois croix de tirants sans séparation horizontale. Au sommet, le grand volume prismatique à base rectangulaire avec des élargissements polygonaux sur les deux longueurs, abrite le vaste espace aloué aux quais. Située à l’extrémité de la ligne du téléphérique du Port, sur une jetée directement en bord de littoral, la tour constitue un magnifique belvédère sur la mer. Elle est équipée d’un restaurant et deux ascenseurs.
On ne manquera pas de faire quelques pas pour se perdre dans Barceloneta, un quartier à l’identité forte, constituant l’exemple parfait de l’urbanisme baroque. Ses restaurants de fruits de mer satisferont les plus fins gourmets, mais surtout amateurs de baignade et de farniente trouverons leur bonheur sur les magnifiques plages…

Pour l’anecdote, San Sebastian (en Espagnol) se trouve également être le nom d’une charmante station balnéaire d’Espagne qui a vu naître en 1907 un des premiers transports par câbles de voyageurs au monde (hors démonstration pour des expositions). Certes, l’installation conçue par un certain Leonardo Torres Quevedo, composée d’une nacelle à l’image de celles équipant les montgolfières, ne gravissait aucun sommet démonstratif mais permettait de relier deux points distants, un peu à l’image de notre téléphérique du Port nous transportant d’une rive à l’autre du littoral barcelonais. Une similitude entre ces deux installations qui se retrouve jusque dans le nom, puisque que le téléporté de San Sebastian était dénommé « transbordador funicular »… une appellation qui n’est pas sans évoquer celle de « transbordador aeri » que l’on donne parfois à l’appareil de Barcelone. De là à penser que le nom donné à la tour terminale San Sebastian du téléphérique du Port, éponyme à celui de la ville espagnole qui a vu naître ce funiculaire-transbordeur, aurait été un hommage rendu à cet engin pionnier parmi les pionniers, il n’y a qu’un pas que seul un inconditionnel obsessif grand connaisseur du transport par câbles oserait franchir ; ) !

Vue d'ensemble de Sant Sebastià :
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De haut... :
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...en bas :
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La plaque du constructeur de la tour, garantie d'époque :
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L'approche du quai :
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Le grand "hall de gare" :
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Les accès aux ascenseurs :
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La descente des ascenseurs :
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Au pied de la tour :
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Quelques vues plus générales depuis Barceloneta :
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Les plages de Barceloneta :
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(Wilbanks CC-BY-SA-3.0)



Un peu de technique

En dehors de sa typologie quelque peu particulière, le téléphérique du Port est, somme toute, des plus démonstratifs des méthodologies de construction adoptées par Bleichert & Co sur ses téléportés de l’entre-deux-guerres, car reprenant les principes énoncés par le brevet Bleichert-Zuegg, et inaugurant des idées, pour l’époque novatrices.


  • Bleichert et l'ingénieur Luis Zuegg ne vont en effet pas hésiter à tendre les câbles à 1/3 de la charge de rupture, bien au delà de la réglementations de l’époque qui évoluera finalement en conséquence, permettant ainsi d’atteindre des portées jusqu’ici impossibles à obtenir, et sans quoi, la conception même du téléphérique du Port avec ces deux uniques traversées de plus de 650 mètres, aurait été inimaginable.
  • Par ailleurs, l'entreprise Bleichert est également l’inventeur du pylône moderne : le constructeur n’hésite pas, le premier, à prévoir des ouvrages de soutien de dimensions conséquentes. A ce titre, et bien qu’elle soit plus qu’un simple pylône, la tour métallique Jaume I est, avec ses 119 mètres de hauteur, des plus illustratives.

  • Enfin, la société Bleichert va également regrouper les câbles sur un même plan haut, permettant l’emploi d’un suspente allongée donnant aux cabines toute leur stabilité. On se passe ainsi d’un câble guide. De plus, la mise en place d’un frein chariot pris directement sur le porteur, permet également de se soustraire d’un câble frein supplémentaire. Une simplification de la câblerie à l’extrême : à la sortie seuls un porteur et un tracteur sont donc nécessaire au fonctionnement de l’installation barcelonaise dont les cabines reprennent chariot et suspente standard du constructeur de Leipzig. Le troisième câble présent sur l’installation est uniquement là pour assurer un rapatriement le cas échéant. Ce câble forme une boucle complète et est mue par sa propre motorisation indépendante de celle du téléporté principal. Cette ligne auxiliaire est destinée à fonctionner avec les véhicules de services stockés sur les côtés de la station Miramar.

C’est également à Miramar que se situent les moteurs du téléphérique. Tout logiquement, la situation de plain-pied de la station offrait l’accès le plus facile pour l’installation des éléments du treuil. La configuration du treuil est globalement demeurée inchangée depuis la construction de l'appareil. Le moteur principal a cependant été remplacé.

Schéma de principe de la motorisation, en gare de Miramar :
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La motorisation principale installée à Miramar :
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(CC-by-sa Asurnipal)

La motorisation auxiliaire, à côté de la motorisation principale :
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(CC-by-sa Asurnipal)


À l’autre extrémité de la ligne, la tour de Sant Sebastià constituait le lieu idéal pour la mise en à place de la tension : en profitant de la hauteur offerte par la tour pour y suspendre les contrepoids Bleichert s’est ainsi soustrait du creusage d’une fosse. De fait, fait assez rare pour être souligné, depuis l’extérieur, les 4 blocs de béton destinés à assurer la tension des câbles (1 pour chaque porteur, 1 pour le câble tracteur, 1 pour le câble auxiliaire) sont parfaitement visible.

Schéma de principe des renvois et contrepoids en tour Sant Sebastià :
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Les poulies de renvoie à Sant Sebastià :
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Les deux poulies (principale et auxiliaire) montées sur lorry :
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Vue d'ensemble du système :
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Les poulies de déviation des câbles de tension :
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On suit le système qui descend jusqu'au pied de la tour...
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...où se situent les 4 contrepoids :
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Les cabines

Le téléphérique est équipé de cabines dites « Pavillon » à l’ esthétique “Bleichert” typique reprenant la forme dodécagonales (12 côtés) que l’on retrouve sur les installations d’entre-deux-guerres réalisées par le constructeur et qui leur confère un charme certain. Les 4 sœurs jumelles qui équipaient initialement la ligne disposaient d’un élégant placage bois peint en beige clair. Fixé sur l’intérieur il laissait apparaître les dessins de la structure, et conférait à ces véhicules un style plutôt cossu.

Lors de leur rénovation, les deux cabines survivantes abandonneront le bois au profit d’un parement en aluminium laissé brut et rehaussé d’un carénage habillant la barre qui cerclait à l’origine le haut de la cabine. Elles y perdent alors quelque peu leur petit côté rétro mais y gagnent, pour l’époque, une certaine modernité. La dernière évolution notable, des plus réussies, a consisté à abandonner le gris aluminium au profit d’une élégante livrée rouge surmontée d’un liserait blanc, conférant au téléphérique du Port une identité forte ! Il est a noter que ces vénérables doyennes de plus de 80 ans disposent encore de leur chariot et structure d’origine.

Depuis l’intérieur de l’habitacle, cette dernière ne passe pas inaperçue puisque sa pièce maîtresse, un imposant pilier métallique prenant place au centre, relie le plancher à la suspente. Chacune des cabines pèse 1.350 kg à vide. Leur exploitation est limitée pour des raisons de confort et de sécurité à 20 personnes ; ce, bien que leur dimensionnement permette une capacité plus importante... Enfin, c’est à souligner, malgré leur age avancé, aucune vibration ne se fait ressentir dans l’habitacle et le confort de roulement est irréprochable. Un fait qui semble commun aux installations réalisées par Bleichert avant-guerre.

Les évolutions des cabines au fil des époques :
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Vues générales extérieures :

Cabine 1 :
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Cabine 2 :
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Cabines en ligne :
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L'intérieur des cabines :

La structure centrale :
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La porte deux ventaux à ouverture manuelle :
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Chariot et suspente:

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Un double témoin historique

Avec ses tours plutôt démonstratives marquant le paysage barcelonais, le « transbordeur aérien » du Port est une réalisation peu conventionnelle ; on imaginerait d’ailleurs guerre, à notre époque actuelle plutôt raisonnée, un tel appareil et de tels ouvrages imposants dans une grande métropole européenne. Ce téléphérique constitue, de fait, un double témoin historique. Un témoin de l’histoire sociale tout d’abord, puisqu’il est le reflet même de cette période d’euphorie et d’extravagance qui a suivi la fin du premier conflit mondial ; et également, un témoin de l’histoire du transport par câble, rare installation pionnière encore en activité, avec un matériel d’origine de plus de 80 ans utilisant, qui plus est, les techniques Adolf Bleichert & Co fondatrices de l’ère du téléphérique moderne ! Une installation unique offrant un promenade splendide !

Laurent Berne

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(Fabio Alessandro Locati CC-BY-SA-3.0)


En prolongement du reportage...


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