En naviguant sur notre site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer une navigation optimale et nous permettre de réaliser des statistiques de visites. En savoir plus
Bannière 10Bannière 14Bannière 9Bannière 42

 TPH V 30 de la Saulire

Courchevel (Les Trois Vallées)

Neyret Beylier / Neyrpic

T2 HS
Description rapide :
Un voyage dans le temps aux origines d´une remontée mythique de la vallée de Courchevel.

Mise en service en : 1952



Localisation(s)
Photo

Auteur de ce reportage : Bouctou
Section écrite le 01/05/2012 et mise à jour le 31/08/2014
(Mise en cache le 31/08/2014)

Image



C'est le 3 Mai 1946 que Francis Eugène Mugnier, maire de Saint Bon, signe, avec l’accord de son conseil municipal, la cession de terrains communaux au département de la Savoie qui projette la création d’une station de sports d’hiver au plateau des Tovets à 1750 mètres d’altitude. Courchevel est née. C'est un projet novateur, car il s'agit de la première station créée ex-nihilo sur un concept skis aux pieds. L’idée est de créer une station sociale, permettant l’accès au ski au plus grand nombre.
Six ans plus tard, le plateau inhabité à laissé la place à une véritable station de montagne qui ne cesse de se développer. Cette saison, ce ne sont pas moins d'une trentaine d'établissements (dont deux établissements 2 étoiles) qui accueilleront les skieurs prêts à parcourir l'un des plus grands domaines de ski des Alpes, desservi par une dizaine de remontées mécaniques.

Cette année, 2 appareils de remontées mécaniques sont venus étoffer une offre comptant déjà parmi les plus modernes : le télébenne Julliard du Praz à Courchevel construit par la société Sosatel basée à Chambéry, et le téléférique de La Saulire que j'ai eu la chance d'emprunter pour vous en avant première, construit par les ateliers Neyret-Beylier situés à Grenoble.



Image
(Collection B.Détard - Droits Réservés)


Image
(Collection B.Détard - Droits Réservés)


La Saulire, avant le téléférique

Jusqu'à cet hiver, le sommet de La Saulire n'était pas directement desservi depuis la station départementale de Courchevel.

Image
(Collection B.Détard - Droits Réservés)

Cependant, depuis décembre 1950 et la mise en exploitation du télébenne Julliard de Burgin sur le versant de Méribel, les skieurs logeant au plateau des Tovets pouvaient accéder aux magnifiques champs de neige de ce massif en empruntant le remonte-pente de la Loze...

Image
(Collection B.Détard - Droits Réservés)

...puis en effectuant à peau de phoque la montée au Col de la Loze depuis l'arrivée du téléski...

Image
(Collection B.Détard - Droits Réservés)

...afin de pouvoir rejoindre tranquillement la vallée des Allues et le télébenne donnant accès au sommet via le Couloir Tournier

Image
(Collection B.Détard - Droits Réservés)


Mais afin de donner accès dans de bonnes conditions à ces champs de neige situés à plus de 2000 mètres d'altitude, le département a décidé la construction d'un appareil moderne et rapide qui devrait rapidement faire grandir la réputation de la station.
Ce projet était déjà annoncé sur la brochure de l'hiver dernier.


Image
(Collection B.Détard - Droits Réservés)

Image
(Collection B.Détard - Droits Réservés)


La Saulire, un chantier dans des conditions extrêmes

Pour la réalisation de cet appareil, le constructeur, Neyret Beylier, avait, suite à appels d'offres du Département de la Savoie, deux partenaires: Sarrasola de Grèsy sur Isère pour le montage et l'entreprise Cattelin de Barberaz, prés de Chambéry, pour la construction des gares et assises des pylônes.

Le chantier s'est déroulé sur 2 saisons, dans des conditions particulièrement difficiles, comme nous le raconte Jean Cattelin (fils), délégué par son père sur le chantier de la gare des Verdons :

"Nous avons débuté les travaux de maçonnerie dés l’été 1951 ; mon frère Jacques représentait notre père sur le chantier de la station supérieure l’été 51, moi-même le représentait pour les terrassements et les bétons de la station des Verdons. Notre rôle était de servir d’intermédiaires entre le chantier et l’entreprise pour compte-rendus, avancement et suivi du chantier. Les compétences techniques étaient celles des chefs de chantier et chefs maçons.

Aux Verdons, nous avons débuté le chantier par la construction d’une piste partant du plus haut lacet de la route du lotissement du Jardin Alpin pour arriver sur le lieu de la station. Tracée à 12% de pente moyenne, celle-ci s’est avérée normalement praticable par les 4X4 provenant dans un premier temps du parc américain de l’après guerre. En 1952, un camion Labourier diesel, également 4X4, nous permettait le transport des matériaux sans rupture de charge, des fournisseurs au chantier. Durant les jours d’intempéries, lorsque la piste s’avérait impraticable, nous étions alors obligés de transporter à dos d’homme et sur les 100 ou 150 mètres de dénivellation qui séparaient le camion enlisé du chantier, les sacs de 50 kilos. Certains se chargeaient de 2 sacs !
Réalisées pour bonne part dans d’épaisses couches de glaise les fondations étaient creusées à la pelle et à la pioche. Ce qui ne fût pas une mince affaire pour descendre les fondations du puit appelé à recevoir le contrepoids des câbles porteurs.
Tirés d'’un pierrier d’un couloir sous l’arête qui joint la Croix des Verdons au Rocher de la Loze, les agrégats concassés et broyés sur place étaient acheminés sur le lieu du chantier et à proximité de la bétonnière, par câble de service.
Une bâtisse en bois et planches de coffrage érigée sur place servait de réfectoire et dortoir. L’ensemble du personnel logeait sur place, son quotidien était simple et immuable : 11 heures de travail journalier, repas et nuits sur place. 6 heures le samedi matin pour en cours d’après midi que chacun s’occupe de l’entretien de son linge et de sa personne. En soirée tous chantaient !

L’accès au chantier de la Saulire se faisait, lui, par Méribel où nous avions mis en place un câble de service et une benne pour transporter les matériaux du point d’arrivée de la route au départ du télébenne de Burgin. Etaient ainsi acheminés : l’alimentation du personnel en charge des travaux, les explosifs, le ciment, et bien souvent l’eau qui, à partir du milieu de l'été, ne pouvait plus être tirée de la fonte des neiges. Une première rupture de charges avait lieu en ce point où nous chargions les bennes 2 places. A la station d’arrivée du télébenne un wagonnet sur rails tracté par un câble et son treuil assuraient l’ultime étape du trajet. (Nota : ce même treuil combiné avec un mât haubané servait à monter le béton et autres charges à disposition des coffreurs et des maçons).
Deux appentis en bois de coffrage, couverts de toile goudronnée, adossés aux parois du refuge du CAF de Chambery , servaient, l’un de cantine, l’autre de dortoir.
Sur place ? Une bétonnière, un concasseur et un broyeur étaient également utilisés pour la fabrication des agrégats.

Chaque équipe affectée aux deux stations était d’environ 10 à 14 hommes dont maçons, coffreurs et ouvriers à tout faire.
Le tirage des câbles a été effectué par les équipes de Sarrasola , sous contrôle des monteurs de Neyret Beylier.

L’exploitation de l'’appareil a débuté avant que n’aient été totalement terminés les bétons de la station supérieure. Des chutes de neige précoces et très importantes ont conduits les Services de l’Equipement à terminer l’ouvrage par une structure en charpente fixée sur les murs non encore arasés. Ce travail fût confié à l’entreprise de Charpente, Perrier, de la Madeleine, ami de Jean Cattelin (père).

En 1952, mon frère, détaché à la direction d’un chantier à Dortan (Ain), je lui succède à la Saulire pour la poursuite des bétons de la station supérieure. A mes cotés, son équipe avec qui je prends connaissance sur un chantier de maison individuelle, dommages de guerre à Argentine, en Maurienne. A la recherche d’emplois et des salaires qui s’y rattachent, ces personnels veillaient à faire les saisons les plus longues possibles aussi ne pouvaient-ils attendre l’ouverture des travaux à haute altitude pour gagner ce dont ils avaient besoin. Mon père trouvait pour eux des chantiers relais sans lesquels nous aurions eu peine à disposer d’eux pour les seuls travaux d’altitude. Nous en étions remerciés par leur attitude et leur conscience professionnelle lors du déroulement des chantiers d’en haut. Je conserve quant à moi une reconnaissance et une admiration sans limite pour ces équipes tant de Sarrasola que de Cattelin, capables et infatigables en même temps que dignes de respect.

Dès sa mise en service le téléphérique a vu sa conduite affectée à 2 employés des RM de la station, tous deux natifs de la vallée : Marcel Mugnier et Dédé Lazzaroni. Me concernant, en fin des travaux du téléphérique, Mr Cuelhes, chef de site, sachant que durant l'’hiver les chantiers de Savoie sont en semi-léthargie, après m’en avoir entretenu, demande à mon père de me détacher pour une saison d’hiver à la gestion du site de la Saulire. Ayant à sa demande appris à conduire le téléphérique je deviens troisième conducteur de cabine. L’histoire voudra que je m’occupe plus du domaine skiable que de la conduite de cet appareil."




La Saulire, nouveau sommet de Courchevel

C'est donc au cours de l'été dernier que la construction du nouveau téléférique à été finalisée. Au terme d'un chantier rendu difficile par les conditions régnant à ces altitudes, cet appareil fera à n'en pas douter le bonheur des skieurs débrouillés recherchant des descentes longues dans une neige de qualité.
Voici un aperçu du domaine offert par la vallée de Saint Bon pour cet hiver 1952-1953.


Image
(Collection B.Détard - Droits Réservés)

Image
(Collection B.Détard - Droits Réservés)

Image
(Collection B.Détard - Droits Réservés)

Image
(Collection B.Détard - Droits Réservés)

Comme vous pouvez le constater, les abonnements sont valables sur le domaine de Courchevel et de la vallée des Allues, ce qui ouvre des possibilités de descentes sans limites.

Image
(Collection B.Détard - Droits Réservés)


Le téléférique Verdons-La Saulire

C'est donc la société Neyret-Beylier, à qui l'on doit d'autres appareils remarquables (Chamrousse cette année, Pralognan en cours de construction...), qui a été choisie par les SPTV pour réaliser cet appareil qui marquera à n'en pas douter l'histoire de la jeune station.

D'un point de vue technique, cet appareil représente ce qui se fait de mieux à l'heure actuelle. Contrairement à des appareils plus anciens dotés de vitesses théoriques élevées mais dont la vitesse réelle peine à dépasser les 6m/s, le téléférique de la Saulire présente lui une vitesse réelle de 8m/s.
On conçoit qu'une telle allure nécessite des dispositifs mécaniques extrêmement étudiés jusque dans les détails qui semblent, à priori, ne pas avoir une très grande importance.

Absolument tous les galets qui assurent le roulement du câble sont caoutchoutés. On connaît les déboires que les galets caoutchoutés ont causé dans le passé. Pour cette raison, des précautions infinies ont été prises pour réaliser une bonne tenue de ces garnitures dans le temps.

Un autre problème était les problèmes de freinage, dont l'importance croît comme le carré de la vitesse.
Pour manœuvrer les freins qui viendraient agripper directement la cabine sur le câble porteur en cas d'incident de marche, les Ateliers Neyret Beylier ont jugé qu'un ressort pré-bandé et ensuite lâché brutalement ne pouvait pas résoudre le problème de la sécurité. Ils ont utilisé un fluide sous pression emmagasiné dans un accumulateur prévu à cet effet. Ce dispositif permet de verrouiller le treuil au cas où l'huile ne serait pas en pression. Il permet également au conducteur de la cabine de manœuvrer avec douceur son frein s'il le veut, ou de le lâcher au contraire avec une vitesse préfixée à l'avance.
Les freins du treuil sont à commande pneumatique, ce qui, à l'heure actuelle, est devenu une chose classique. Mais ce qui est nouveau, c'est la nature des automatismes et des enclenchements que permettent les dispositifs adoptés. Toutes les installations de téléfériques voyageurs comportent 3 freins. Le troisième frein à manque de courant est en général un frein électromagnétique. On sait que ce frein, en cas de manque d'alimentation de la ligne, provoque en général des arrêts brusques. Sur cette installation, une série de combinaisons permet un arrêt en cas de manque de courant aussi doux que la commande à main du mécanicien.
Ces dispositifs de freinage sont brevetés "Système Goirand" tant en France qu'aux Etats-Unis d'Amérique.

Il est utile en outre d'insister sur la très grande stabilité aux intempéries de l'installation. Pour son exploitation en cas de mauvais temps, on est limité uniquement par la possibilité de laisser emprunter la piste de descente à des skieurs, et non par des considérations mécaniques.


Voici la situation générale de l'appareil

Image
(Collection B.Détard - Droits Réservés)

Rapprochons nous afin de voir la ligne dans son ensemble


Image
(Collection B.Détard - Droits Réservés)

Image
(Collection B.Détard - Droits Réservés)

Voici les caractéristiques techniques de l'installation :


  • Nom de l'installation : Téléférique La Saulire
  • Constructeur : Neyret-Beylier
  • Année de construction : 1952
  • Saison d'exploitation : Hiver/Eté
  • Capacité : 30+1 personne(s)
  • Altitude Aval : 2070 m
  • Altitude Amont : 2690 m
  • Dénivelée : 620 m
  • Longueur développée : 1710 m
  • Nombre de câble porteur : 1
  • Nombre de câbles tracteurs : 2
  • Nombre de pylônes : 2
  • Débit : 360 personnes/heure
  • Vitesse d'exploitation : 8 m/s


Arrivé à la gare aval, je suis prêt à embarquer

Image
(Collection B.Détard - Droits Réservés)

Pendant que la cabine de la voie de gauche, une fois pleine, s'élance vers les cimes...

Image
(Collection B.Détard - Droits Réservés)

...les quais d'embarquement se remplissent de skieurs...

Image
(Collection B.Détard - Droits Réservés)

...qui attendent patiemment la cabine de la voie de droite qui ramène du sommet des promeneurs avides de panoramas époustouflants.

Image
(Collection B.Détard - Droits Réservés)

Et après quelques minutes d'attente, c'est le départ sans effort vers le monde de la haute montagne...

Image
(Collection B.Détard - Droits Réservés)

Image
(Collection B.Détard - Droits Réservés)

Image
(Collection B.Détard - Droits Réservés)

A l'approche du pylône n°1

Image
(Collection B.Détard - Droits Réservés)

A l'approche du pylône n°2 nous croisons la cabine descendante

Image
(Collection B.Détard - Droits Réservés)

Le pylône n°2 en détail

Image
(Collection B.Détard - Droits Réservés)

Le trajet se poursuit par le survol de la Combe de la Saulire

Image
(Collection B.Détard - Droits Réservés)

Vue sur le haut de la Combe depuis la cabine

Image
(Collection B.Détard - Droits Réservés)

Nous approchons de notre destination

Image
(Collection B.Détard - Droits Réservés)

Nous entrons en gare

Image
(Collection B.Détard - Droits Réservés)

La gare amont située à proximité de l'arrivée du télébenne de Méribel, vue depuis le versant Courchevel...

Image
(Collection B.Détard - Droits Réservés)

Image
(Collection B.Détard - Droits Réservés)

Image
(Collection Persil - Droits Réservés)

Image
(Collection Persil - Droits Réservés)

...et depuis le versant Méribel, avec l'arrivée du TB de Burgin

Image
(Collection B.Détard - Droits Réservés)

Une fois au sommet, c'est un panorama exceptionnel qui s'offre à mes yeux émerveillés

Image
(Collection B.Détard - Droits Réservés)

Arrêtons-nous quelques instants sur les cabines de ce nouvel équipement qui ont fait l'objet d'un soin esthétique et de confort particulièrement étudiés

Image
(Collection B.Détard - Droits Réservés)

Image
(Collection B.Détard - Droits Réservés)

Image
(Collection B.Détard - Droits Réservés)

En cas de panne ne permettant pas le rapatriement des cabines en gare, les skieurs sont évacués à l'aide de corde. Le personnel effectue régulièrement des exercices d'entraînement

Image
(Collection B.Détard - Droits Réservés)


Mais avant de s'élancer à l'assaut des pentes enneigées, rien de tel qu'un petit verre au restaurant "Le Panoramic" qui du haut de son éperon rocheux offre une vue embrassant l'ensemble de la vallée

Image
(Collection B.Détard - Droits Réservés)

Image
(Collection B.Détard - Droits Réservés)

Après un petit coup d'œil sur le tableau des pistes ouvertes, c'est par la piste K que je décide de redescendre.

Image
(Collection B.Détard - Droits Réservés)

Plus qu'à chausser, et c'est parti !

Image
(Collection B.Détard - Droits Réservés)

Image
(Collection B.Détard - Droits Réservés)

Image
(Collection B.Détard - Droits Réservés)

Image
(Collection B.Détard - Droits Réservés)

Image
(Collection B.Détard - Droits Réservés)

Image
(Collection B.Détard - Droits Réservés)

De retour au départ du téléférique, prêt à réembarquer pour une nouvelle descente !
Image
(Collection B.Détard - Droits Réservés)

La ligne sous différents angles

Image
(Collection B.Détard - Droits Réservés)

Image
(Collection B.Détard - Droits Réservés)

Image
(Collection B.Détard - Droits Réservés)

Pour terminer, je vous laisse découvrir quelques images animées de ce très bel appareil : Film couleur


Avec l'ouverture de ce téléférique, Courchevel vient de franchir, à n'en pas douter, une étape majeure dans l'histoire de son jeune développement. Et sans vouloir jouer les devins ou vous paraître présomptueux, amis lecteurs, quelque chose me dit que ce n'est là que le début d'une histoire qui s'annonce longue, riche et belle. Une histoire qui verra certainement Courchevel se hisser au rang des plus belles stations françaises voire mondiales.
Je ne peux que vous donner rendez-vous dans quelques décennies pour me donner tort...ou raison.





Appareils en relation :





Contact - Mentions Légales - Cookies
Site déclaré à la CNIL sous le numéro 1173095
Page générée en 0.09633 secondes. 38 requete(s).
99 membres connectés sur les forums
Valid XHTML 1.0 Transitional 
©2003-2016 - www.remontees-mecaniques.net - Tous droits réservés