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Jasserie du Pilat

Jasserie du Pilat


Description rapide :
La Jasserie est située dans la Loire, au cœur du massif du Pilat. Transformée, depuis déjà longtemps, en refuge-auberge, lieu de passage, de séjour, cette bâtisse située sur ces prés bucoliques à 1 300 mètres dʼaltitude au pied du point du culminant du massif, à la source du Gier, est un endroit riche en histoires.

Dès le début du XXe siècle, avec lʼémergence des sports dʼhiver, elle voit arriver les premiers skieurs. En lʼabsence de moyen de transport efficace pour gagner les Alpes, le Mont-Pilat sʼimpose rapidement comme le haut-lieu du ski stéphanois malgré son altitude et son enneigement aléatoire, ce, grâce à la volonté de certaines figures locales parmi lesquelles Eugène et Jean Masson, qui développent autour de la ferme-auberge de la Jasserie une activité hivernale avec la construction de remonte-pentes et de tremplin.

Aujourdʼhui lʼexploitation des remontées a cessé, mais lʼauberge de la Jasserie demeure, avec ses produits fermiers et son cadre bucolique, un haut-lieu touristique du Pilat. Lʼendroit reste le point de départ de nombreuses balades familiales, randonnées en raquettes ou en VTT.
Jasserie du Pilat
Photo Fourinas




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    • La base de données contient 3 appareils sans reportage pour cette station
      Appareil : Constructeur : Mise en service : Fin de service :
      TK de la Cuvette Autres constructeurs 1928 1928
      TKD de la Cuvette 1 Poma 1967 1992
      TKD de la Cuvette 2 Poma 1973 1992
    Auteur de la description de la station : lolo42
    Section écrite le 14/05/2015 et mise à jour le 14/05/2015
    (Mise en cache le 14/05/2015)

    La Jasserie est située dans les montagnes du Pilat, sur les hauteurs de Saint-Étienne. Transformée, depuis déjà longtemps, en refuge-auberge, lieu de passage, de séjour, cette bâtisse en pierre coiffée d'un clocher est située à la source du Gier, sur des prés bucoliques qui se développent en amphithéâtre à 1 300 mètres d'altitude au pied du point du culminant du massif. L'endroit, tenu depuis plus de 80 ans par la famille Masson, a vu passer de prestigieux visiteurs tels Gilles de la Tourette ou Jean-Jacques Rousseau. L'endroit a été équipé de remonte-pentes dès la fin des années 1920 jusqu'aux années 1990.

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    La Jasserie du Pilat


    Le Mont-Pilat

    Le Mont-Pilat (comme il est de coutume d'appeler l'endroit jusque dans les années 1970) est un massif montagneux de moyenne montagne situé sur les contreforts du Massif central. Il culmine au Crêt de la Perdrix à 1 432 mètres d'altitude et jouit d'une situation privilégiée offrant un panorama sur l'Auvergne et la plaine du Forez au nord-ouest, et sur les Alpes et la vallée du Rhône au sud-est. Le Pilat attire dès le XIXe siècle les riches touristes qui viennent trouver là refuge pour passer des vacances estivales au grand air. En 1898, inspiré par le succès du célèbre établissement du Righi, en Suisse, on y inaugure sur la Chaux d’Égallet, à 1 260 mètres d'altitude, le luxueux « Grand Hôtel du Mont-Pilat » dit « le Sanatorium ». La bâtisse fût malheureusement ravagée par un incendie en 1931 et la ruine, jamais reconstruite, fût rasée en 1999. Cet hôtel a cependant su montrer la voie du développement touristique du Pilat et a inspiré l'ouverture d'autres établissements de différents standings. A la ferme-auberge de la Jasserie, on construit ainsi tout une aile dédiée à l'hébergement et l'on développe l'activité de restauration avec les produits de la ferme.

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    Le Grand-Hôtel du Pilat, luxueux établissement inspiré par le célèbre Righi Suisse. (DR)



    Dès le début du XXe siècle, avec l'émergence des sports d'hiver, le Pilat voit arriver les premiers skieurs...
    Dès 1909, l'association des Sports d'hiver Foreziens est fondée, tandis que des concours internationaux de sports d'hiver sont organisés à Saint-Genest-Malifaux sur les hauteurs sus de Saint-Étienne. D'ailleurs, à Saint-Étienne même, la Manufacture Française d'Armes et Cycle propose toute une gamme de luges, skis et bobsleighs vendus dans toute la France. En l’absence de moyen de transport efficace pour gagner les Alpes, le Mont-Pilat s'impose rapidement comme le haut-lieu des sports d'hiver stéphanois malgré son altitude et son enneigement aléatoire, ce, grâce à la volonté de certaines figures locales parmi lesquelles Eugène et Jean Masson, qui développent autour de la ferme-auberge de la Jasserie une activité hivernale avec la construction de remonte-pentes ou de tremplins.

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    Affiche pour les Jeux internationaux d'hiver de 1912. (Doc. M. Achard)

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    Ski tracté à la Jasserie en 1909. (Hist. du ski et des sports d'hiver dans le massif du Pilat - Ph. E. Pinoncély, col. F. Pinoncély)


    La famille Masson

    En 1927, Eugène Masson, stéphanois de naissance s’ennuie de sa vie d’agent du Trésor public. Un peu écrivain, un peu poète, un peu rêveur, c’est sur les hauteurs de sa ville natale, à la Jasserie du Mont-Pilat, qu’il va finalement trouver la communion avec la nature qui lui manque. Il s’éprend de l’endroit au point d’aller finalement s’y établir en octobre avec sa famille. L’hiver vient et devant l’arrivée de quelques courageux venus s’adonner à la glisse sur les pentes du Crêt de la Perdrix. Rêveur sans doute, perspicace et ingénieux certainement, il prend conscience de cet intérêt grandissant pour les sports d'hiver et va développer autour de cette ferme-auberge toute une activité hivernale avec la construction de remonte-pentes et de tremplins...

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    Eugène Masson à la Jasserie. (DR - Coll. M. Achard)


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    Les skis sont de sortie à la Jasserie. (DR)


    Le plus jeune des fils Masson, Auguste, dit Dudu, est quant à lui un skieur de haut niveau. Il devient champion de France de descente en 1936 et 1942 et participe jusque dans les années 1950 à des compétitions internationales, parmi lesquelles les Jeux Olympiques de Saint Moritz.

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    Auguste Masson sur la piste des Glaciers à Chamonix. (coll. Monchu)



    Les premiers équipements de sports d'hiver à la Jasserie

    Eugène Masson entreprend dès la fin des années 1920 la construction d'un appareil motorisé pour permettre aux skieurs de remonter sans effort les pentes enneigées de « La Cuvette », desservant par la même un tremplin en bois aménagé sur ce pré.

    Selon la description qu'en fait Eugène Masson, la conception de l'engin s’apparenterait à celle d'un télétraineau. L'appareil aurait, semble-t-il, été conçu pour fonctionner en va-et-vient et remonter une quinzaine de skieurs sans doute embarqués debout sur un véhicule tiré par un câble, glissant sur la neige. Sa période de fonctionnement reste mystérieuse ; a-t-il d'ailleurs réellement fonctionné ? Une chose est certaine, cette première tentative sera rapidement avortée par la casse de la structure de la gare ; le manque de moyens financiers et mécaniques fera que la construction restera finalement à l'abandon ; les vestiges demeureront présent jusque dans les années 1970.

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    La G1 du remonte-pente de la Cuvette. (Hist. du ski et des sports d'hiver dans le massif du Pilat - M. Achard)


    La famille Masson ne se démotive pas pour autant. Portée par la démocratisation naissante du ski, elle construit un second tremplin, en métal cette fois. L'installation, inaugurée en novembre 1933, permet des sauts de 10 à 20 mètres.

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    Le nouveau tremplin de la Jasserie, construit en 1933 (collection Laurent Berne)


    Enfin, en 1937, elle se décide à retenter l'aventure de la mécanisation de la remontée des champs de neige. Le nouvel appareil, premier vrai téléski du site, est implanté à quelques centaines de mètres de la ferme-restaurant, sur le pré de Panisset, idéalement orienté plein nord. Il mesure près de 230 mètres de long.

    L'appareil, bien que réalisé de façon entièrement artisanale avec les moyens du bord, est, cette fois, nettement plus abouti que la première tentative sur le pré de la Cuvette. C'est un appareil à perches fixes soutenu par des portiques en bois et animé par un moteur récupéré sur une automobile Léon Bollée.

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    M. de Villoutreys sur le téléski en activité (Coll. M Achard).


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    Les champs de ski de la Jasserie sur le pré de Panisset.


    La Jasserie devient le haut lieu du ski ligérien dans les années 1930. Malheureusement, la seconde guerre mondiale portera un coup fatal à l'exploitation du remonte-pente. Aujourd'hui, les solides piliers de la gare aval et amont, ainsi que leur poulie demeurent toujours présents 75 ans plus tard.

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    Foule des grands jours sur le pré de Panisset à l'arrivée du téléski.


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    La gare aval et la vue sur le pré Panisset où se développait la ligne.



    Les heures de gloire du ski alpin à la Jasserie

    Ces premiers remonte-pentes auront indirectement enfanté plusieurs décennies plus tard plusieurs autres aménagements.
    La famille Masson imagine toujours développer l'activité de ski alpin sur le pré Panisset. En 1951, elle fait défricher la partie basse du pré jusqu'au chemin de la Croix des Viriers, à 1200 mètres d'altitude. On obtient ainsi une piste de 500 mètres de long pour 110 mètres de dénivelé. Malheureusement les finances manquent et seul un petit câble tiré par un camion bricolé à cet effet y est installé sur la partie haute.

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    La piste de Panisset est prolongé en son bas en 1951, mais, faute de financement, aucun appareil n'y prendra place. (IGN)


    En 1958, la famille investit cette fois dans un vrai fil-neige. Celui est implanté comme la toute première remontée de 1928, à La Cuvette. Mais c'est finalement en 1967 qu'est installé le nouveau véritable téléski de La Jasserie, avec une gare "type B" (Baby) débrayable, alimentée par un moteur essence déporté de 40 ch. Son départ est également implanté à La Cuvette, mais cette fois-ci, directement en contrebas de la Jasserie. Sa ligne s’étale sur environ 400 mètres, de 1 300 à 1 355 mètres d'altitude et exploite la pente douce en direction du Crêt de la Perdrix. La famille Masson recouvre à cette occasion le Gier sur une centaine de mètres créant ainsi un front de neige élargi et un accès facilité depuis l'auberge.

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    Un forfait d'époque et un article du Progrès de novembre 1967 montrant la gare "type B" (Coll. M. Achard).

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    Foule des grands jours en 1968 au départ de l'unique téléski de la Jasserie (Coll. Laurent Berne).


    Devant l'affluence constatée, la famille Masson décide, en 1973, de construire un second téléski avec une gare de départ située quasiment à l'emplacement de l'appareil de 1928. L'appareil est commandé à la société iséroise Pomagalski. Le téléski de 1967 est lui aussi rénové et la gare baby remplacée par une station Poma type H identique.
    Ces remontées ont, à leur tour, permis durant plusieurs décennies, l'initiation au ski de bon nombre de petits Ligériens. Bravant le vent et le brouillard, les Stéphanois n'hésitaient pas à prendre leur voiture pour la sortie neige à la Jasserie du dimanche après-midi. Certains week-end l'attente pour prendre ces petits téléskis était d'ailleurs mémorable et entre les luges et les débutants, le champ de ski relevait parfois du champ de foire. Un texte de Clic illustre bien l'ambiance de l'époque...

    « Petits, on étaient tout petits avec de gros bonnets qui grattent, des moufles de toutes les couleurs tricotées par des grandes personnes qu’on remerciait dressés sur la pointe des pieds avec des baisers mouillés. La Dauphine chauffée à bloc grimpait en direction des monts du Pilat. Nous les mioches on nous avait fait asseoir derrière entre les bâtons et les skis aux lanières toutes emmêlées. “Il fait encore gris, se lamentait ma tante, pourvu qu’il ne fasse pas un vent glacial!” Du vent? Du froid? Et de rire à gorge déployée parce qu’on savait bien que le ski sans geler de la tête aux pieds, ça n’existait pas au Pilat et que c’était même pour ça qu’on avait droit à un bol de chocolat chaud quand raides de froid on se réfugiait en grappe dans un café rougeoyant et surchauffé, embué et bondé, au plancher sonore et ruisselant de tous les pas des skieurs des dimanches de janvier.»
    (texte de Clic)

    Les conditions d'enneigement aléatoires ont malheureusement mis définitivement un terme à leur fonctionnement depuis 1992. Si les perches ont été démontées, les gares, pylônes et câbles demeurent cependant toujours en place.

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    La Jasserie et les deux téléskis Cuvette - Mont-Pilat (Fourinas).

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    La G1 du téléski A en fonctionnement (Photo Alain Masson 1983 - Doc M. Achard).

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    La G1 du téléski B de nos jours.

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    Partie haute de la ligne (Fourinas).


    La fin d'une aventure

    La fermeture des deux téléskis de la Cuvette en 1992 vient clore la formidable histoire des remontées mécaniques à la Jasserie, commencée en 1928 par Eugène Masson ! Aujourd'hui, mis à part à la Croix de Chaubouret où un téléski à câble bas Schippers fait la joie des petits depuis 2005, le ski alpin ligérien a quitté les pentes du Pilat pour se concentrer sur les monts du Forez, à Chalmazel. Ce ne sont pourtant pas les initiatives qui ont manqué pour tenter de développer l'activité ! Outre à La Jasserie, les plus anciens se souviennent du téléski à perches fixes et pylônes trépieds du Pré du Curé, offert en 1958 à la commune du Bessat par les autocars Chazot, ou bien, plus récement, le petit centre de ski de Graix, qui avait ouvert en 1982 avec ses deux remonte-pentes Montaz-Mautino des Rebattes (un téléski débutants et un petit débrayable de 78 mètres de dénivelée pour 378 mètre de longueur). Le site avait même investi dans un enneigeur basse pression dans les années 1990. Mais depuis 2005, toute activité hivernale est abandonnée ; le téléski débutants a même été démonté en 2011. Le remonte-pente débrayable connait cependant une seconde vie puisqu'il est désormais exploité l'été pour remonter les dévalkart et le VTT. Une activité qui rencontre un vif succès.

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    Etat des lieux des remontées mécaniques du Pilat en 2013. (Laurent Berne, carte IGN)


    Quant à l'auberge de la Jasserie, avec ses produits fermiers et son cadre bucolique, elle demeure un haut-lieu touristique du Pilat, et reste le point de départ de nombreuses balades familiales, randonnées en raquettes ou en VTT.

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    "La Jasserie [...] téléskis, restaurant" : panneau souvenir de l'époque glorieuse des sports d'hiver à La Jasserie.


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    La Jasserie et ses téléskis au pied du Crêt de la Perdrix.


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    Le tremplin, vestige d'une époque désormais révolue. (Fourinas)



    Compléments

    Remerciements et références :

    - Pierre Montaz - "Les pionniers du téléski"
    - Michel Achard - "Histoire du ski et des sports d'hiver dans le massif du Pilat"
    - Eugène Masson - "La Jasserie et le Mont Pilat"
    - Auguste Morel - photos d'époque
    - Christophe "Fourinas" - photos personnelles
    - Ainsi que les nombreuses personnes sur internet qui m'ont permis de regrouper ces informations, avec un merci tout particulier à Michel Achard





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