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Téléfuni des Bedaules - ouest (Chardonne)

Lavaux

Autres constructeurs

T3 ES
Description rapide :
Cette installation privée dessert une parcelle viticole escarpée dont elle est l'unique accès. Cet appareil est un des derniers «téléfunis» à être encore en service. Il se trouve à quelques dizaines de mètres de l'endroit où se situait le premier engin de ce genre, construit en 1964 par son inventeur et démonté en 1998.

Année de construction : 1973

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Auteur de ce reportage : Fael
Section écrite le 01/10/2017 et mise à jour le 11/10/2017
(Mise en cache le 11/10/2017)

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Chardonne et le vignoble de Lavaux

Le vignoble de Lavaux s'étend de Lutry (près de Lausanne) à Chillon (près de Montreux) sur la Riviera vaudoise face au Léman. La culture s'y pratique au moins depuis le XIIe siècle, lorsque des moines défrichèrent le coteau pour y installer de la vigne, d'abord aux endroits les plus faciles puis dans les secteurs moins propices. À cause de la déclivité importante du terrain, des murs implantés parallèlement aux courbes de niveau ont permis de diminuer la pente et de rendre le travail possible. Les terrasses, façonnées par l’homme, qui rendent ce paysage unique, sont particulièrement impressionnantes dans le secteur se trouvant entre Vevey et Cully.

Le village de Chardonne se trouve à l'est de Lavaux, sur les pentes du Mont-Pèlerin (1080 m) qui domine la ville de Vevey. Même si le village s'est beaucoup développé au cours des dernières décennies à cause de sa proximité avec la ville et du magnifique panorama sur le lac Léman, cette localité compte toujours de nombreux vignerons. Les vignes s'étendent principalement au sud et à l'ouest du village. Même si ce n'est pas dans les environs de Chardonne que se trouvent les vignes les plus raides, certaines parcelles sur le haut du vignoble, à l'amont de l'autoroute qui le traverse, sont tout de même escarpées.

Histoire des téléfunis des Bedaules

L'histoire de l'aménagement du lieu-dit les Bedaules par des remontées mécaniques commence au début des années 1960 lorsque Fridolin Scherer, un ingénieur zurichois plus connu sous le nom de Fred Scherer, achète une surface viticole relativement étendue à proximité du village de Chardonne en Lavaux. Les vignes qu'il a achetées sont situées sur un terrain escarpé et se trouvent loin de tout chemin. Pour cette raison, elles ont été délaissées par les vignerons de l'endroit car l'accès et donc le travail de ces parcelles sont difficiles.

Quelques années plus tard, en 1964, Fred Scherer conçoit et construit lui-même le tout premier téléfuni pour accéder à ses vignes. La ligne est longue de 140 mètres pour presque 60 mètres de dénivelé. La voie est constituée de tiges en acier. Contrairement aux installations qui suivront, ce téléfuni ne possédait pas de câble de sécurité. Il ne possédait pas non plus la plupart des sécurités dont étaient équipées les installations construites ensuite. Pour cette raison, il n'a pas pu être homologué pour le transport de personnes.

À l'origine, ce téléfuni était constitué d'un chariot à deux compartiments équipé d'un réservoir d'une capacité de 200 litres qui se trouvait sous le plancher du véhicule. Le but de cet équipement était de pouvoir transporter les produits phytosanitaires, utilisés pour traiter la vigne contre les maladies.



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Fred Scherer sur son téléfuni dans son état d'origine (photo issue d'une publicité de la société Téléfuni SA, DR - archives A. Neyroud).


Quelques années plus tard, en 1972, Fred Scherer envisage la construction d'un deuxième téléfuni parallèlement au premier, environ 60 mètres plus à l'ouest. Le but de ce nouvel appareil est de rendre la partie ouest de la vigne plus accessible puisqu'elle se trouve relativement loin du téléfuni de 1964. De plus, le téléfuni existant ne montait pas au point le plus haut.

Alors que seul les massifs en béton destinés aux deux extrémités avaient été installés, Fred Scherer vend sa propriété. L'acheteur décide d'achever l'installation. La première étape, qui a lieu à la fin 1972, consiste à obtenir l'autorisation de construire, qui n'avait pas été demandée par Scherer. Le téléfuni de 1964 avait également été construit sans autorisation. Il a donc été légalisé à cette occasion. Afin de ne pas confondre les deux installations, le téléfuni de 1964 est dorénavant appelé Bedaules - est tandis que celui en cours de construction est désigné par Bedaules - ouest.



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Le vignoble des Bedaules vu depuis le Léman avec le tracé des deux téléfunis.


Les travaux sont réalisés en 1973 après avoir obtenu une machinerie et un chariot auprès de la société A.K. Gebauer & Cie. Ces éléments, à l'origine destinés à un téléfuni en Allemagne, n'avaient pas été utilisés. Le chariot comportait à l'origine trois compartiments, comme pour la plupart des téléfunis. Au moment du montage, l'un d'eux est supprimé et le chariot est ressoudé ensuite. Le téléfuni existant est utilisé pour monter certains éléments au haut de la vigne. Les premiers essais ont lieu durant les vendanges de la même année alors que l'installation n'est pas complètement achevée. À la suite de difficultés de démarrage du moteur en charge et en raison du dimensionnement de certains éléments de génie civil, la charge utile est fixée à 300 kg au lieu de 500 kg prévu à l'origine.

Les derniers réglages sont effectués durant le début de l'année 1974 et l'installation entre véritablement en service pour les vendanges en octobre de cette année. L'autorisation de transport de personnes est délivrée fin 1975 à la suite de contrôles réalisés au printemps de cette même année.


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À gauche, article paru dans La terre romande en octobre 1974. L'image montre le téléfuni ouest durant ses premiers jours d'exploitation (texte et photos : Pierre Izard). À droite, article paru en 1983 dans le Journal et feuille d'avis de Vevey Riviera. L'image montre également le téléfuni ouest (DR - archives Neyroud).


Peu après la construction du téléfuni de l'ouest, la commande par les câbles porteurs du prototype de 1964 est mise hors-service suite à des problèmes d'isolation et de contacts. La commande depuis le chariot n'est donc plus possible. Pour la remplacer, des câbles électriques dédiés sont tirés le long du tracé et des interrupteurs sont installés à intervalles réguliers. Durant cette même période, une des quatre tiges servant de câble porteur sur le téléfuni de l'est cède, attaquée par la rouille. À cette occasion, les quatre tiges sont démontées pour être remplacées par des câbles, comme sur toutes les autres installations similaires. C'est également durant ces années que le chariot de ce téléfuni est remplacé. Le nouveau véhicule est équipé de trois compartiments contre deux pour le précédent.


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Le téléfuni est durant les vendanges 1982. On remarque que le chariot n'est plus le même qu'à l'origine. On constate également l'absence d'interrupteur suite à la suppression de la commande par les câbles porteurs (photo : archives A. Neyroud).

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Le téléfuni est durant les vendanges 1983. L'implantation de la ligne à proximité immédiate du bâtiment, devant lequel les repas de vendange ont lieu, est bien visible. À l'arrière du chariot, on distingue un interrupteur de commande fixé sur un piquet (photo : archives A. Neyroud).


En 1990, le bâtiment d'exploitation situé à côté du téléfuni le plus ancien est agrandi, si bien qu'il empiète sur le tracé de l'installation. Celle-ci est modifiée afin de traverser le jardin fraîchement aménagé et passe par dessus la nouvelle partie du bâtiment. Pour permettre ceci, un support a été installé sur le faîte du toit. De part et d'autre, les câbles passent dorénavant plusieurs mètres au dessus du sol.

En 1998, une partie de la vigne des Bedaules est arrachée pour être renouvelée. Dans le même temps, certaines terrasses sont modifiées. Dans le but d'améliorer la mécanisation de cette vigne, le téléfuni de l'est est démonté, après 34 ans de service. Il «coupait» en effet les rangs de vigne en deux, ce qui rendait impossible le passage d'une machine dans la vigne. Néanmoins, seul les câbles et le supports situés à un endroit gênant dans la vigne sont démontés. La machinerie en amont, trois supports dans la vigne ainsi que ceux situés sur le toit du bâtiment et dans le jardin attenant sont restés et existent encore actuellement. Le tracé audacieux de ce téléfuni par dessus le bâtiment est ainsi encore bien visible.


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La machinerie du téléfuni de l'est, perdue dans la vigne et envahie par le lierre.

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Un des trois supports qui se trouve encore en place dans la vigne. À l'arrière, un chamois que l'on rencontrait couramment dans le vignoble des Bedaules durant quelques années.


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Le bâtiment d'exploitation avec les deux premiers supports qui sont encore en place. Le tracé du téléfuni par dessus le jardin et une partie de la maison est ici bien visible. L'extrémité de la ligne se trouvait juste à l'avant du véhicule visible.

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La structure métallique du chariot du téléfuni est a subsisté jusqu'à aujourd'hui. En comparant avec l'image ci-dessus, on remarque que le revêtement a été refait, probablement au début des années 1990 lors de la modification de la ligne suite à l'agrandissement du bâtiment d'exploitation viticole. De plus, le châssis a été modifié (probablement que le changement de revêtement a été fait en même temps) afin qu'il ne comporte plus que deux compartiments au lieu de trois, ce qui est plus pratique pour transporter des objets encombrants.


Le téléfuni situé à l'ouest a une histoire moins mouvementée. Contrairement à l'installation voisine, le transport de personnes y a été autorisé dès 1975. Il avait pour rôle l'accès à la partie ouest de la vigne. Depuis 1998, le téléfuni des Bedaules - ouest, assure seul la desserte de toute la vigne des Bedaules. Alors qu'avant 1998, si un des téléfunis était en panne, l'autre prenait le relais, il doit dorénavant être constamment opérationnel.


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Le téléfuni de l'ouest durant les vendanges 2002. On remarque l'écriteau publicitaire téléfuni qui a été retiré quelques années après ainsi que l'absence des deux tôles de protection verticales à l'avant et entre les deux compartiments du véhicule.


Le téléfuni des Bedaules - ouest aujourd'hui

Cette installation assure depuis sa construction l'accès à la vigne des Bedaules. Les vignes situées à gauche de la ligne au bas de la parcelle ne sont pas desservies par le téléfuni car elles appartiennent à un autre propriétaire. De plus, il n'est en général pas utilisé pour accéder à la zone située entre le départ et le premier mur, où se trouve le troisième support. En effet, il est plus rapide d'accéder à ce secteur peu pentu et proche de la route en utilisant des moyens conventionnels. Comme sur tous les téléfunis situés dans les vignes, le véhicule peut s'arrêter partout le long du tracé.

L'installation permet au vigneron d'accéder à ses vignes toute l'année. Durant l'été, elle assure le transport des produits de traitement pour la lutte contre les maladies. À cet effet, une citerne est installée sur le chariot. Le téléfuni permet surtout l'évacuation vers le bas de la vigne de toute la récolte lors des vendanges. Pour les traitements, la charge utile permettant d'amener au sommet suffisamment de produit pour traiter toute la parcelle est très appréciée. C'est également un atout durant les vendanges, puisque le nombre de trajets à faire pour descendre l'ensemble de la récolte reste ainsi limité.

Caractéristiques techniques

Caractéristiques administratives

Téléfuni : LES BEDAULES - OUEST
Constructeur : A.K. Gebauer AG pour le compte de Téléfuni SA
Année de construction : 1973
Année de mise en service : 1974
Propriétaire : Alain Neyroud
Exploitant : Gianni Bernasconi vigneron-encaveur

Caractéristiques d’exploitation

Saison d'exploitation : toute l'année suivant les besoins
Capacité : 4 personnes ou 300 kg de matériel
Vitesse d'exploitation : ~0.65 m/sec
Temps de trajet : ~3 minutes 30 secondes

Caractéristiques géométriques

Altitude aval : 570 m
Altitude amont : 631 m
Dénivelé : 61 m
Longueur développée : 146 m
Longueur horizontale : 133 m
Pente maximale : ~65 %
Pente moyenne : 48.5 %

Caractéristiques techniques

Emplacement motrice : amont
Type de motorisation : Moteur asynchrone triphasé BBC
Puissance : 3.5 kW
Nombre de supports : 7
Fournisseur du câble de sécurité et des câbles porteurs : Câblerie de Brugg
Diamètre du câble de sécurité : 17 mm (câble croisé à droite)
Diamètre des câbles porteurs : 12 mm
Diamètre du câble tracteur : 10 mm
Largeur de la voie : 135 cm

Le départ

Il se trouve au bord de la route cantonale Chardonne - Chexbres, environ 50 mètres à l'ouest du bâtiment abritant l'exploitation viticole. Il n'y a pas vraiment d'infrastructure remarquable à cet endroit à part la structure métallique où se terminent les quatre câbles porteurs et le câble de sécurité. À côté du départ se trouve une place qui permet de stationner un véhicule ou une remorque ce qui est fort utile, spécialement pendant les vendanges. Le chariot s'arrête en principe environ un mètre au-dessus du butoir.


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Vue d'ensemble de la vigne des Bedaules et de la ligne du téléfuni. La place de parc se trouve à droite de la ligne, au bord de la route.

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Détail de la structure qui constitue la fin de la ligne. Les quatre câbles porteurs ainsi que le câble de sécurité y sont fixés.

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Le bas de la ligne vu depuis l'ouest. On remarque les interrupteurs d'arrêt en fin de course (voir la partie technique pour plus de détails).

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Le premier support et le bas de la ligne avec le chariot arrêté en aval.


Pour faciliter le déchargement de matériel sur une remorque par exemple, il est possible de faire descendre le chariot au delà de sa position d'arrêt normale. Le chariot se trouve alors à quelques centimètres seulement du butoir.


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Le chariot arrêté au plus près du butoir pour faciliter le chargement de matériel depuis la place de parc adjacente.


La ligne

Elle est composée de sept supports, qui sont presque équidistants. Cinq d'entre eux sont équipés d'un interrupteur de commande. Après le premier support, la pente diminue légèrement. Puis, elle augmente constamment jusqu'au dernier support qui redresse légèrement la ligne. C'est juste avant ce passage que la pente maximale de la ligne est atteinte. Sur les derniers mètres, les câbles sont bordés par des escaliers, d'abord à gauche, puis aussi à droite. Le tracé franchit trois murs de vigne. Un support se trouve sur chacun d'entre eux. L'ensemble du trajet se trouve dans la vigne. La largeur de la zone défrichée afin de permettre le passage varie suivant les endroits. Parfois, l'extrémité des rangs se trouve à moins d'un mètre des câbles alors qu'ailleurs, il y a plusieurs mètres de libre.


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Profil en long de la ligne. Les supports marqués d'un astérisque sont ceux qui sont équipés d'un interrupteur de commande.

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Vue lointaine sur l'ensemble de la ligne depuis un chemin de vigne qui quitte les Bedaules en direction de l'est. La tranchée dans la vigne est visible, approximativement au centre de celle-ci.

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Vue sur l'ensemble de la ligne avec le premier support à l'avant-plan.

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Le deuxième support dont la structure a une forme de H. C'est le seul à être fait ainsi. C'est à cet endroit que la pente recommence à augmenter. Comme tous les autres supports, celui-ci est équipé d'un rouleau qui soutient le câble de sécurité ainsi que le câble tracteur si nécessaire.

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Vue arrière avec le premier support, la route cantonale Chardonne - Chexbres, l'autoroute A9 et le Léman. À l'arrière-plan, on voit la vallée du Rhône (à gauche) et le massif du Chablais (à droite).

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Vue au loin vers le haut de la ligne.

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Arrivée vers le troisième support. C'est le premier à se trouver sur un mur de vigne. C'est à cet endroit que la hauteur maximale au-dessus du sol est atteinte.

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Le troisième support. Les contacts électriques avec les câbles sont ici assurés par des brides reliées à des ressorts qui permettent d'éviter tout problème en cas de vrillage des câbles.

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La suite de la ligne en direction du quatrième support qui se trouve à nouveau sur un mur de vigne.

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Vue vers le bas.

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Le cinquième support qui est le dernier à se trouver sur un mur.

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Vue vers la gauche avec à l'arrière le Léman et le massif du Chablais.

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Le sixième support. C'est à cet endroit que la pente augmente pour la dernière fois puisque la portée suivante est la plus raide de la ligne avec environ 65 %.

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Détail du sixième support. En raison de son inclinaison, la fixation des câbles porteurs est un peu différente de celle des autres.

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Vue de profil du véhicule dans le secteur le plus raide.

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Peu avant le septième et dernier support, dans la pente maximale, des escaliers apparaissent d'abord à gauche puis à droite de la ligne.

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Vue arrière au niveau du dernier support.

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Arrivée au niveau de la station motrice.


La station amont

Elle se situe au sommet de la vigne des Bedaules, à la lisière de la forêt. Dans le prolongement de la ligne se trouve une falaise. C'est à cet endroit que se trouve l'entraînement de l'installation. Il est protégé par un abri métallique dont le couvercle s'ouvre pour permettre l'accès à la partie technique. Il existe un pont métallique prévu pour être installé par dessus la motrice dont le but est de pouvoir passer d'un côté à l'autre de la ligne du téléfuni avec une machine de vigne. Néanmoins, l'utilisation de machines y est devenue rare car le terrain est trop escarpé, le pont n'est donc en général pas installé, ce qui évite de devoir l'enlever chaque fois qu'il faut accéder à l'entraînement de l'installation. De cet endroit, on a une vue panoramique sur le Léman et en particulier le Haut-Lac, les villes de la Riviera vaudoise, une partie de la vallée du Rhône et le massif du Chablais.


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Vue d'ensemble de la station motrice.

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Vue de la fin de la ligne depuis la droite.

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Le chariot arrêté en fin de course devant la station motrice. On remarque à l'arrière le pont métallique qui est prévu pour passer par dessus la machine avec une machine de vigne.

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Vue vers le bas avec le chariot qui se trouve un peu en amont du dernier support. On remarque à l'arrière un bateau Belle Époque.

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Gros plan sur le bateau Belle Époque Vevey, construit en 1907 par la société Sulzer Frères de Winterthur et exploité par la compagnie générale de navigation sur le Léman (CGN). Il était équipé à l'origine d'une machine à vapeur et navigue depuis 1955 à l'aide d'une propulsion diesel-électrique.

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Vue au loin vers le milieu de la ligne.


La vue depuis le sommet


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Vue en direction du sud-est. Les localités au bord du lac sont (en suivant la côte dans le sens horaire) Corseaux, Vevey, La Tour-de-Peilz et Montreux (peu visible).

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Vue en direction du sud. Les localités au bord du lac sont (en suivant la côte dans le sens horaire) Corseaux, Vevey, La Tour-de-Peilz, Montreux (peu visible), Villeneuve (peu visible, devant la Dent Favre), Le Bouveret (peu visible, devant la Dent du Salantin) et Saint-Gingolph (devant les Cornettes de Bise, ville qui se trouve à la frontière franco-suisse).

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Vue en direction du sud-ouest. Les localités au bord du lac sont Saint-Gingolph (à la frontière franco-suisse, à gauche) et Meillerie (à droite).


Le chariot

Le chariot, qui mesure environ 150 centimètres de large, est composé de deux compartiments qui ont des dimensions qui permettent d'installer les caissettes à vendanges. La charge utile étant de 300 kg, il peut accueillir approximativement 20 caissettes à vendanges pleines.


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Le chariot arrêté en aval.

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Vue de dessous depuis l'amont. On remarque l'imposante structure qui abrite le frein parachute au centre.

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Vue de dessous depuis l'aval. Il y a également deux galets de guidage du câble de sécurité de ce côté du chariot. Un patin métallique se trouve entre les deux roues du côté ouest (ici à gauche) du chariot. Il a pour but d'actionner les interrupteurs de fin de course.

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Vue de profil du chariot au passage du premier support. Le panneau à l'arrière sert de repère pour les traitements par hélicoptère.

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Le chariot sur le haut du tracé.


Partie technique


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Pour pouvoir accéder à la partie technique de la motrice, la première chose à faire est bien sûr d'ouvrir le couvercle. On remarque que la machine est implantée contre le rocher.


L'entraînement


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Vue d'ensemble de l'entraînement avec les éléments les plus importants.


Le téléfuni est entraîné par un moteur asynchrone BBC relié à un réducteur d'angle de construction Kissling. Le moteur est directement connecté au réseau électrique triphasé (via des contacteurs de commande). Il est protégé par un relais thermique qui coupe l'alimentation électrique en cas de surcharge du moteur. Après une surcharge, le réarmement est automatique. Un frein de service magnétique, qui est fermé en l'absence d'alimentation électrique, se trouve sur l'arbre rapide, entre le moteur et le volant d'inertie.


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Détail sur le volant d'inertie, le frein de service et le moteur. On voit les fils d'alimentation du frein de service. La partie mobile du frein se trouve à droite et la partie fixe à gauche.

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Gros plan sur le volant d'inertie. On remarque à gauche le détecteur de survitesse.


La station motrice comprend un frein de sécurité. Il s'agit d'un frein à bande qui agit directement sur le treuil à tambour et qui permet d'immobiliser l'installation en cas de survitesse. Il est également efficace en cas de rupture du réducteur. Le frein est fermé par la chute d'un contrepoids qui est maintenu relevé par une béquille articulée. Le dispositif est commandé par un détecteur de survitesse qui est entraîné par une chaîne qui le relie au tambour du treuil. Lorsque la vitesse est d'environ 10 % supérieure à la valeur normale, l'interrupteur centrifuge s'actionne. Il a pour effet de déclencher le moteur en coupant l'alimentation de la commande et d'actionner un électroaimant qui tape dans la béquille du contrepoids qui tombe et ferme le frein. Il faut alors remettre en place le contrepoids à la main. En dehors de cette situation, le frein de sécurité ne se ferme jamais.


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Détail du détecteur de survitesse. On remarque à proximité de la tache rouge la pièce en forme de X qui permet de donner les ordres d'arrêt.

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Détail de la chaîne entraînant le détecteur de survitesse, avec le treuil à droite.

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Vue d'ensemble du frein de survitesse. L'électroaimant agit sur la béquille à l'endroit où se trouve l'articulation. L'interrupteur de surveillance arrête l'installation si le contrepoids n'est pas relevé. Il permet d'éviter que quelqu'un mette l'installation en marche si le frein est fermé et d'arrêter le moteur si le contrepoids tombe par erreur.

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Le frein de sécurité ouvert (à gauche) et fermé (à droite). On remarque la position différente de l'axe soutenant le contrepoids et l'état différent de sa béquille.


Le treuil à tambour est équipé d'un dispositif qui surveille le bon enroulement du câble. Il est constitué d'une barre métallique posée dans l'axe du treuil qui peut se relever. À une de ses extrémités, cette barre est appuyée sur un interrupteur de surveillance. Si le câble ne s'enroule pas convenablement sur le treuil, l'épaisseur de câble sera plus importante (il y aura plus de couches de câble que normalement), ce qui soulèvera la barre. Au moment où celle-ci se soulève sous l'action du câble, elle libère l'interrupteur, ce qui arrête l'installation. Pour assurer le bon enroulement du câble, un galet de guidage se trouve juste avant le treuil. Comme le câble se déplace horizontalement le long du treuil durant l'enroulement, ce galet est libre sur son axe afin de pouvoir suivre le câble dans ses déplacements.


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Vue d'ensemble de l'entraînement. On remarque la barre contrôlant le bon enroulement du câble parallèle à l'axe du treuil et l'interrupteur associé qui est fixé sur le réducteur.

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Détail de l'interrupteur surveillant la position de la barre de contrôle de l'enroulement.

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L'avant du réducteur et le treuil. On remarque la chaîne qui entraîne le détecteur de survitesse ainsi que la barre de contrôle de l'enroulement du câble.

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Le treuil avec le frein de sécurité à gauche, le détecteur de survitesse et sa chaîne ainsi que le réducteur à droite et la barre de contrôle de l'enroulement.

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Le galet de guidage du câble tracteur, libre de se déplacer sur son axe.


Les dispositifs de sécurité de la station motrice sont complétés par un contrôle de la tension du câble tracteur. Si le chariot vient à s'immobiliser alors que l'installation est en fonction à la descente, il faut pouvoir le détecter et arrêter le moteur. Dans ce but, un rouleau fixé sur un support articulé est posé sur le câble tracteur à l'avant de la station motrice. Si le câble se détend, le rouleau s'abaisse et actionne un interrupteur ce qui arrête l'installation.


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Vue de profil du système de contrôle de tension du câble. Le rouleau (à gauche) est solidaire d'un support articulé fixé au haut de la caisse de la motrice. Si le câble se détend, le rouleau s'abaisse.

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Détail du dispositif permettant l'arrêt de l'installation. la plaque métallique horizontale (au milieu en haut de l'image) est solidaire du cylindre rouge qui est lui même relié au support du rouleau. L'interrupteur en bas de l'image est fixe. Si le rouleau s'abaisse, le cylindre rouge coulisse sur sa tige jusqu'à ce que la plaque appuie sur l'interrupteur et arrête l'installation.

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Vue du treuil depuis l'avant avec le galet de guidage au premier plan.

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Le dispositif de contrôle avec le câble détendu (à gauche, position de déclenchement) et tendu (à droite, position normale). On remarque la position différente du support articulé.

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Détail du système de fixation des câbles porteurs. C'est à cet endroit que leur tension peut être ajustée.


La commande

Généralités

Comme beaucoup de téléfunis, cette installation est équipée d'une commande à impulsion qui se fait à l'aide de boutons poussoirs montée - stop - descente. Des interrupteurs de commande se trouvent en aval, sur cinq des supports (voir profil de la ligne), en amont et sur le chariot. Pour tous les interrupteurs sauf celui qui se trouve sur la motrice, les ordres sont transmis via les câbles porteurs qui sont isolés électriquement les un des autres. Un des câbles est maintenu à un potentiel constant (24 Volts alternatif, appelons le câble d'alimentation), un autre permet de donner les ordres de montée et un troisième permet de donner les ordres de descente. Pour donner un ordre de montée (respectivement de descente), l'interrupteur établit le contact entre le câble d'alimentation et le câble des ordres de montée (respectivement descente). Une fois le moteur en marche, le bouton peut être relâché (et donc le contact entre les câbles disparaît) et le moteur ne s'arrête pas.


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Détail du branchement sur un support équipé d'un interrupteur. Les deux câbles porteurs visibles ici sont ceux destinés aux ordres de descente (en bas) et de montée (en haut). On remarque également le montage qui permet d'isoler électriquement les câbles.

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L'interrupteur de commande qui se trouve sur la motrice.


Le coffret de commande

À partir des impulsions de commande données soit sur le câble «ordres montée» soit sur celui «ordres descente», un boîtier de commande à relais assure l'alimentation du moteur. Ce téléfuni utilise trois contacteurs et deux relais (dits «relais auxiliaires»). Il y a un relais et un contacteur pour chaque sens de marche. Le troisième contacteur, dit «de sécurité», permet d'assurer le bon fonctionnement de la commande. Les relais sont commandés par les boutons poussoirs. Une fois l'un des deux relais enclenchés, le contacteur de sécurité et l'un des contacteurs de sens de marche s'enclenchent si les conditions sont réunies. L'enclenchement du contacteur de sens de marche, qui provoque le démarrage du moteur, est retardé. Ceci se fait à l'aide d'une temporisation du relais de sécurité, qui provoque lui-même l'enclenchement du contacteur de sens de marche. Si le bouton est lâché avant que le délai d'enclenchement du moteur soit atteint, l'ordre n'est pas exécuté. Une fois le moteur en fonction, le relais auxiliaire est maintenu grâce à la fermeture d'un deuxième circuit d'alimentation et le bouton de commande peut être lâché. Ce système de commande retardée permet d'éviter que le téléfuni se mette en route après que quelqu'un ait effleuré par erreur un bouton.


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Le coffret de commande avec les différents composants. L'élément rouge rond est un temporisateur pneumatique qui agit sur les contacts auxiliaires basse tension du contacteur de sécurité.


Pour arrêter l'installation, il existe deux possibilités. La premier cas se produit lorsque le chariot arrive en bout de ligne. Dans ce cas, l'interrupteur de fin de course ouvre le circuit qui alimente le contacteur de sens de marche. Celui-ci se déclenche, ce qui arrête le moteur. Ceci a également pour effet de déclencher le relais auxiliaire et le deuxième contacteur. L'autre cas survient si un utilisateur actionne un bouton «stop». Ce bouton établit le contact électrique entre les câbles «ordres montée» et «ordres descente». À cet instant, la commande reçoit un contre-ordre (comme si l'utilisateur demandait un départ à la fois à la montée et à la descente). Le câblage du circuit de commande est ainsi fait que ceci déclenche tous les relais et contacteurs, ce qui arrête l'installation. Contrairement aux ordres de mise en marche qui sont retardés, les ordres d'arrêt (stop ou fin de course) sont immédiats.

En plus de ces ordres d'arrêt normaux, le téléfuni peut être stoppé par une des sécurités de la station motrice. Elles ont pour effet de couper l'alimentation de la commande, ce qui arrête l'installation. Dans tous les cas, l'installation ne peut pas être remise en marche tant que le défaut n'a pas été supprimé.

Les interrupteurs de fin de course

Aux deux extrémités de la ligne se trouvent des interrupteurs qui arrêtent automatiquement l'installation lorsque le chariot arrive en bout de ligne. Pour des raisons de sécurité, il y chaque fois deux fins de course l'un derrière l'autre au cas où le premier ne fonctionne pas. Les deux interrupteurs qui suffisent normalement à arrêter l'installation fonctionnent les deux de la même manière, ils ouvrent le circuit de maintien de l'ordre en cours, si bien que le contacteur correspondant se déclenche et l'entraînement s'arrête. Ces fins de course empêchent également la mise en marche du téléfuni dans le mauvais sens (à la descente lorsqu'il est en aval et à la montée lorsqu'il est en amont). En effet, lorsque le circuit de maintien est ouvert, le contacteur de sens de marche ne peut pas s'enclencher. Le quatrième câble porteur, qui ne sert pas pour la commande proprement dite est utilisé pour permettre le bon fonctionnement du fin de course de service en aval.


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Les fin de course en aval avec le fin de course de service à gauche et celui de sécurité à droite. En aval comme en amont, ces éléments sont fixés aux deux câbles porteurs qui se trouvent à l'ouest.


Le deuxième interrupteur de fin de course n'est en principe pas atteint par le chariot et ne sert qu'en cas de défaillance du premier. En aval, il donne l'ordre «stop», de la même manière que le bouton d'arrêt. En amont, le fin de course de sécurité coupe complètement l'alimentation de l'installation. Dans les deux cas, le téléfuni ne peut pas être remis en marche avec les commandes habituelles, une manipulation particulière est nécessaire.

Le véhicule

Il est possible de commander l'installation depuis le véhicule à l'aide d'un interrupteur. Le contact électrique entre le chariot et les câbles porteurs est assuré par des pièces en charbon plaquées contre les câbles. Même si un des câbles n'a pas d'utilité pour la commande depuis le chariot, il est tout de même équipé d'un charbon. Un interrupteur supplémentaire permet de bloquer l'installation si nécessaire.


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Vue de dessous avec les principaux éléments techniques.

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Un essieu et une des paires de contacts en charbon au passage d'un support. On devine à gauche les ressorts qui plaquent les charbons contre les câbles. Afin de pouvoir franchir les brides de fixation des câbles porteurs, ils doivent pouvoir se déplacer légèrement, ce qui est assuré par leur fixation articulée et par les ressorts.

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Le chariot arrêté sur le fin de course de service en aval. On remarque le patin qui se trouve entre les roues.

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L'interrupteur de commande sur le chariot avec à droite l'interrupteur de blocage qui empêche la mise en marche de l'installation par une tierce personne.


Le chariot est aussi équipé d'un frein parachute qui l'immobilise sur le câble de sécurité dans le cas où le câble tracteur se détend. Ceci peut se produire en cas de rupture du câble ou plus fréquemment en cas de blocage du chariot sur un support à la descente. Pour permettre le fonctionnement de ce frein, l'attache du câble tracteur est mobile. Un ressort tend à déplacer cette pièce et la tension du câble l'en empêche. Si le câble se détend, la pièce se déplace, ce qui ferme le frein


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L'attache du câble tracteur et les deux galets de guidage du câble de sécurité. Le ressort tend à faire pivoter la pièce verticale vers la gauche.

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Vue de cet élément depuis dessous. Le ressort se trouve dans le cylindre métallique au premier plan. La tige filetée que l'on voit permet de transmettre le mouvement à la mâchoire du frein qui se trouve au centre du chariot (vers le haut sur l'image).

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La mâchoire du frein parachute. La tige filetée qui transmet le mouvement depuis l'attache du câble tracteur au haut du chariot est visible.

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L'attache du câble tracteur avec le frein parachute ouvert (câble tendu, à gauche) et fermé (câble détendu, à droite). On remarque que dans le cas de droite, la pièce articulée sur laquelle est fixé le câble est un peu plus inclinée vers l'arrière.


L'utilisation du téléfuni au cours de l'année


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Durant le printemps et l'été, le téléfuni est utilisé principalement pour transporter les produits de traitement au sommet de la vigne. À cet effet, une citerne est installée sur le chariot.


Les vendanges


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Avant de vendanger, il faut bien sûr apporter les caisses vides dans la vigne. C'est le téléfuni qui s'en charge et comme c'est assez léger, on peut en mettre beaucoup.

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Un chargement au-dessus du cinquième support.

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Le chariot à mi-hauteur dans la vigne. La majorité de celle-ci est plantée en pinot noir, une variété de raisin rouge.

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Chargement en cours en fin de journée.

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Un char en cours de remplissage au bas de l'installation.

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Une fois le chariot arrivé en aval, il ne reste qu'à transférer les caissettes à vendange du téléfuni au véhicule qui se trouve à côté.

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Fin de journée de vendange au bas du téléfuni, avec une remorque prête à être transportée vers la cave.

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Conclusion

Plus de quarante ans après sa construction, cette installation assure toujours parfaitement son rôle dans le vignoble des Bedaules. Même si une telle installation ne serait plus construite actuellement, elle rend tout de même de grands services, plus que ce que pourrait faire un monorail au même endroit. Son remplacement n'est pas évoqué et le seul aspect qui pourrait compromettre son avenir à terme est l'entretien parfois compliqué des éléments spécifiques à ces installations. En attendant, cet appareil présente un certain intérêt historique. En effet, il s'agit d'un des derniers téléfunis encore en service, puisqu'il n'existe qu'une autre installation de ce type dans un vignoble suisse.

Un grand merci à Alain Neyroud, propriétaire de l'installation, pour m'avoir mis à disposition des documents administratifs et historiques et pour ses très nombreuses informations de toutes natures. Merci également au responsable de l'entretien pour ses informations techniques et historiques précieuses.

Les photos ont été prises principalement le 26 avril 2014, le 24 août 2016, le 24 août 2017, durant les vendanges 2012 à 2017 et en septembre 2017. Texte : Fael, photos : Fael (sauf images d'archive et photo du chamois).

Sujet sur le forum consacré au système téléfuni

La montée en vidéo (Markus Seitz - www.standseilbahnen.ch)

La descente en vidéo (Markus Seitz - www.standseilbahnen.ch)

Site internet du vigneron



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