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 TSF6 des Quillis

La Plagne (Paradiski)

Poma

T2 ES
Description rapide :
Premier télésiège fixe six places de France. Remplace deux téléskis à enrouleurs afin de faciliter le retour sur Plagne Bellecôte depuis le secteur de Champagny.

Année de construction : 1997

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Auteur de cette partie : arbisman
Section écrite le 08/02/2024 et mise à jour le 21/02/2024
(Mise en cache le 22/02/2024)



La Plagne 

Une présentation de La Plagne a été effectuée ici (cliquez sur le logo) :

 

Les téléskis des Quillis, deux des premiers téléskis à enrouleurs Poma

Le domaine skiable de Champagny s'est constitué et relié à la Plagne en 2 grandes étapes :

  • En 1969 et 1970, le télésiège au départ du village puis le téléski des Verdons ont ouvert une liaison vers Plagne-Centre par le roc des Verdons.
  • En 1973, le téléski de la Rossa et le petit téléski des Blanchets ont ouvert l'accès à la piste bleue des Blanchets, qui descendait jusqu'aux Colosses, le lieu d'implantation de la future station Plagne-Bellecôte. 

Avec l'ouverture de la télécabine de la Roche de Mio en 1975, la longue piste bleue Carella a été créée entre la Roche de Mio et le pied du téléski des Blanchets, que les clients empruntaient ensuite pour le retour à Plagne-Bellecôte et à la gare aval de la télécabine. Pour absorber la fréquentation supplémentaire, le téléski a été doublé en 1975 et les deux appareils renommés Quillis 1 et 2. 

Les téléskis des Quillis permettaient uniquement de franchir la crête entre le torrent de la Carella et les lacs des Blanchets. Aucune piste n'était tracée le long de la ligne pour redescendre en gare aval.

Bien que situés sur le versant de Champagny-en-Vanoise, les téléskis des Quillis étaient situés sur le ban de la commune de Mâcot-la Plagne, devenue aujourd'hui la Plagne-Tarentaise. 

Les téléskis des Blanchets/Quillis en vert

 

Les téléskis des Quillis étaient à l'origine deux appareils identiques, équipés d'enrouleurs biplaces à archets. Ce type de remontée avait probablement été choisi afin d'atteindre des débits élevés de plus de 2000 p/h en cumul.

Les deux appareils ont été construits par Poma. L'inventeur du téléski à perches découpables a longtemps été absent du marché des téléskis à enrouleurs. Sa première réalisation remonterait à 1971 avec le téléski à enrouleurs du glacier de Sarenne à l'Alpe d'Huez. En 1973, le premier téléski des Quillis était vraisemblablement la seconde réalisation de Poma, avec des enrouleurs à archets probablement achetés auprès d'un constructeur étranger. Il faudra attendre le Salon de l'Aménagement en Montagne de 1978 pour que Poma présente le premier téléski à enrouleurs à selettes monoplaces réalisé complètement par ses soins, qui sera implanté l'année suivante à la Plagne-Montchavin avec les deux téléskis de la Salla.

Les gares aval de type motrice-tension avaient été implantées en hauteur et en arrière de l'embarquement, qui s'effectuait au premier pylône réglable en hauteur. La ligne comprenait 4 pylônes tubulaires communs en Y pour minimiser l'emprise au sol, équipés de balanciers de type télésiège. 

Les archets n'étant pas pratiques pour l'ensemble de la clientèle, une solution mixte a été mise en place probablement en 1979. Le téléski de gauche a conservé les arbalètes biplaces, tandis que le téléski de droite a été modifié avec des perches de téléski à pinces fixes Schippers. Elles ont probablement été récupérées sur le téléski de la Salla à Montchavin, construit en 1973 et remplacé par des téléskis à enrouleurs en 1979. De cette manière, l'exploitant proposait avec le téléski de droite une ligne adaptée aux skieurs débutants et moyens, tout en conservant avec le téléski de gauche une ligne à grand débit pour absorber les pointes de fréquentation.

Le téléski Schippers de la Salla dont les perches seront réimplantées vraisemblablement sur la ligne de droite des Quillis 

 

Voici les caractéristiques techniques des téléskis après modification :

  • TKE2 Quillis 1 | TKF Quillis 2
  • Constructeurs : Poma (Schippers)
  • Année de construction : 1973 | 1975 
  • Altitude de la gare aval : 2310 m
  • Altitude de la gare amont : 2368 m | 2372 m
  • Dénivelée : 58 m | 62 m
  • Longueur développée : 395 m | 370 m
  • Pente maxi : 31 %
  • Portée maxi : 125 m
  • Nombre de pylônes : 4
  • Portée maxi : 125 m
  • Vitesse maxi : 3,2 m/s
  • Débit maxi : 1100 p/h | 850 p/h
  • Emplacement motrice : aval
  • Puissance développée : 29 kW
  • Emplacement tension : aval
  • Type de tension : hydraulique
  • Nombre d'agrès : 39 enrouleurs | 55 perches
  • Masse à vide : 16 kg | 15 kg
  • Espacement : 6 m | 4 m
  • Sens de montée : gauche | droite

Les photos ci-dessous présentent les téléskis avant la transformation du téléski de droite.

L'ensemble des tracés (crédit : https://www.perso-laplagne.fr)

 

La gare motrice-tension du téléski de droite en arrière de l'embarquement (crédit : https://www.perso-laplagne.fr)

 

L'embarquement au P1 (crédit : https://www.perso-laplagne.fr)

 

Le P2 et le P3 (crédit : https://www.perso-laplagne.fr)

 

Le P4 et les gares retour fixe (crédit : https://www.perso-laplagne.fr)

 

Le télésiège des Quillis, le premier 6 places à pinces fixes français

Le remplacement des téléskis par un télésiège a été effectué en 1997. Ce remplacement a permis d'augmenter le débit, qui était limité à 1950 personnes par heure, et le confort, car la clientèle n'était pas à l'aise avec les arbalètes du téléski de gauche.

L'exploitant souhaitait un débit de 3000 personnes par heure sur une ligne courte de moins de 300 mètres. Un télésiège débrayable n'était pas adapté à une si faible longueur, et les télésièges 4 places à pinces fixes plafonnaient à 2400 personnes par heure. Poma a proposé, conçu et fait autoriser le premier télésiège français 6 places à pinces fixes, deux ans après le premier appareil réalisé par Doppelmayr en Autriche. L'administration française a autorisé un appareil présentant les mêmes caractéristiques qu'en Autriche : un débit de 3000 personnes par heure correspondant à un espacement de 7,2 secondes, et une vitesse limitée à 1,8 m/s pour éviter les collisions au débarquement entre les clients et le bord extérieur du siège, dont la vitesse atteint environ 2,8 m/s lors de son passage sur la poulie retour.

Poma a conçu une gare nouvelle radicalement différente de l'Alpha : la gare 6x6. Elle repose non pas sur 2 fûts métalliques comme l'Alpha mais un massif en béton au centre soutenant la gare motrice. Le principe était déjà mis en œuvre sur les gares de télésièges débrayables avec les gammes Compétition et Oméga. Poma avait été décliné ce principe sur quelques gares de télesièges fixes prototypes, avec une cabine Alpha placée dans l'axe de la ligne et reposant sur un massif béton similaire à ceux des débrayables Oméga, notamment en 1995 sur un télésiège en Autriche

La gare 6x6 en 1997/98 (photo : Poma)

 

Poma avait communiqué sur cette nouvelle gamme 6x6, mais il n'y a pas eu d'autre exemplaire de télésiège de cette gamme. Les télésièges 6 places à pinces fixes sont un marché de niche, réservé à des appareils de faible longueur et de fort débit. Aucun autre télésiège n'a été construit avant l'entrée en vigueur en 2004 de la directive imposant le marquage CE. Les appareils construits ultérieurement par Poma l'ont été en 2004 : le TSF6 de la Salla à la Plagne-Montchavin et le TSF6 des Nabines à Auron. Plutôt que de mettre aux normes CE la gamme 6x6, Poma a fourni des versions 6 places des gammes Orion et Unifix conçues dès l'origine aux normes CE. C'est ainsi que le télésiège des Quillis est resté le seul appareil 6x6 jamais construit.

Le chantier représentait un investissement de 11,3 millions de francs.

Publicité de 1998 pour la gamme 6x6 (extrait d'A&M - collection Guigui74)

 

Les modifications ultérieures

Le télésiège et son environnement ont connu plusieurs modifications :

En 2002, la chaîne des TSD6 des Blanchets et de la Carella a été construite entre Plagne-Bellecôte et la Roche de Mio. L'arrivée du TSD6 des Blanchets a été implantée au sommet du TSF6 des Quillis et le départ du TSD6 de la Carella placé au pied du TSF6. L'espace sous la ligne du TSF6 a été terrassé et élargi pour créer une piste bleue de liaison entre les 2 appareils débrayables.

En 2016, l'architecture électrique a été entièrement rénovée dans les 2 gares par Seirel, notamment en récupérant une armoire de l'ancien TSF4 de Belle Plagne.

En 2022, la gare aval a été repeinte aux couleurs rouges et noires de la station, y compris le fût en béton, et des assises noires et rouges alternées ont été installées pour faciliter l'embarquement. 

En 2023, le frein de poulie d'origine dont les pièces de rechange n'étaient plus disponibles, a été remplacé par un frein Poma FE100 actuel.

La gare avec sa livrée d'origine et la piste bleue des Quillis (photo : Geofrider)

 

La livrée d'origine (photo : Geofrider)

 

Les sièges avant le remplacement des assises (photo : Geofrider)

 

Sa situation sur le plan des pistes

Le télésiège des Quillis est un court appareil de liaison situé sur le versant de Champagny-en-Vanoise et permettant de basculer sur le versant de la Plagne.

Il collecte deux catégories de clients : ceux descendant de la Roche de Mio par la piste bleue du Levasset et ceux provenant de Champagny par le TSD6 de la Rossa et la piste bleue de la Tome.

Il leur permet de franchir la crête entre Champagny et la Plagne, puis de descendre vers Belle Plagne et Plagne-Bellecôte par les pistes bleues des Blanchets et du Roc du Diable. Depuis Bellecôte, le retour vers les autres stations de la Plagne s'effectue par l'Arpette vers Montchavin et les Arcs, et par les Colosses, vers Plagne-Centre, Plagne-Villages et Plagne-Soleil.

La courte piste bleue des Quillis tracée sous le TSF6 n'est pas destinée au ski propre, mais aux clients montés par le TSD6 des Blanchets et qui souhaitent continuer vers la Roche de Mio par le TSD6 de la Carella ou skier sur le domaine de Champagny.

 



Zoom sur le secteur



Les caractéristiques techniques de l'installation 

Caractéristiques administratives :

TSF – Télésiège à attache fixe : QUILLIS
Constructeur : Poma
Maître d'oeuvre : Cetarm 73
Maître d'ouvrage : SAP
Année de construction : 1997
Montant de l'investissement : 11,3 MF 

Caractéristiques d'exploitation :

Saison d'exploitation : hiver
Capacité : 6 personnes
Débit : 3000 personnes/heure
Vitesse d'exploitation : 1,8 m/s
Temps de trajet : 2'42''

Caractéristiques géométriques :

Altitude de la gare aval : 2307 m
Altitude de la gare amont : 2373 m
Longueur développée : 291 m
Dénivelée : 66 m
Pente maximum : 48 %
Portée maximale : 51 m
Survol maximal : 10 m

Caractéristiques techniques :

Sens de montée : droite
Motrice : aval
Type de motorisation : courant continu
Puissance développée : 109 kW
Diamètre poulie motrice : 5600 mm
Tension : amont
Type de tension : hydraulique
Nombre de vérins : 1
Tension nominale : 50 500 daN
Pression nominale : 184 bars
Diamètre poulie retour : 5600 mm
Largeur de voie : 5600 mm
Nombre de pylônes : 6
Diamètre des galets support : 450 mm
Diamètre des galets compression : 450 mm
Nombre de sièges : 45
Masse à vide : 340 kg
Type de pinces : Mono 2100
Diamètre du câble : 42 mm
Fabricant du câble : Teufelberger
Équipement électrique : Seirel
Automate : Pilz
Ligne de sécurité : Vigi 301

 

Les photos de l'installation

Elles ont été prises le 16 décembre 2023. 

 

Vue d'ensemble du secteur

La gare est située le long du torrent de la Carella qui forme une gorge importante. Il a été busé lors de la construction des premiers téléskis pour permettre le franchissement par les skieurs. Au fil des années, cette plateforme a été agrandie pour devenir un véritable carrefour du domaine de Champagny. L'emplacement est situé à l'intersection des pistes bleues de la Carella et de la Tome, et elle ventile les clients vers les départs des télésièges des Quillis et de la Carella, le restaurant d'altitude Les Killis et la piste bleue Levasset retournant sur le domaine de Champagny.

 

La gare aval 

La gare très compacte est composée d'une station motrice fixe sur fût béton, avec un jeu de balanciers 12C intégré. Sur le côté descendant, une plate-forme de maintenance munie d'un palan permet de déplacer périodiquement les attaches ou de retirer les sièges. L'embarquement des clients s'effectue sans tapis, ce qui ne pose pas de problème car la vitesse de l'appareil est limitée à 1,8 m/s depuis son homologation, une valeur inférieure au maximum prévu par la réglementation ultérieure (2 m/s).

La gare sous la ligne du TSD6 Carella

 

La gare au centre, le P1 et les balanciers intégrés à la structure de la gare

 

A droite la plate-forme de maintenance

 

Le chalet de commande à droite

 

L'accès sans borne de contrôle

 

La gare 6x6 est montée sur un seul fût de béton incliné au centre des voies. La machinerie est protégée par une coque fermée, composée de menuiseries en aluminium et de panneaux transparents permettant un éclairage naturel.

La gare motrice fixe dispose d'un entraînement principal dont l'axe rapide est placé dans l'axe de la ligne et non pas perpendiculairement comme sur les Alpha. Un moteur à courant continu de 109 kW entraîne l'arbre rapide, entrant dans un réducteur planétaire PK, facilement démontable sans qu'il soit nécessaire de reprendre la tension du câble. La marche de secours est assurée par un moteur thermique. En plus du freinage électrique, l'appareil dispose d'un frein de service sur l'arbre rapide et un frein d'urgence sur la poulie.

Pour son premier TSF6, Poma a utilisé des poulies de TSD6 ne comportant pas de joues, c'est-à-dire un profil où la gorge est encadrée par deux plaques déborbant largement dont celle située au-dessus du câble stabilise le siège au cours de son demi-tour, grâce à un doigt intégré dans la pince fixe prenant appui sur la partie supérieure de la poulie. Pour stabiliser les sièges en l'absence de joue, Poma a ajouté un arceau sur lequel les pinces prennent appui. Cet arceau est protégé par un capot métalique.

Après le passage dans la poulie, le siège est maintenu lors de l’embarquement par un rail de stabilisation. 

L'accès, les portillons et l'arrière de la motrice

 

Les cotes de la gare 6x6 (document Poma)

 

La gare dans son état d'origine, la poulie jaune et l'arceau métallique rajouté et en haut à gauche, le réducteur, le frein de service et le moteur à courant continu (document Poma)

 

Les armoires d'origine avant leur remplacement en 2016

.

La ligne

Dans l'ordre de la montée, le nombre de galets de chaque pylône : 
Gare aval : 12C / 12C
P1 : 12C / 12C
P2 : 6S / 6S
P3 : 8S / 6S
P4 : 8S / 8S
P5 : 8S / 6S
P6 : 6S / 6S
Gare amont : 4S / 4S

La largeur de voie est de 5,60 m et non 6,10 m comme sur les télésièges construits ultérieurement. Les pylônes sont de la génération introduite en 1993 sur le TSD6 du Tour à Avoriaz, comportant notamment un renfort central de la potence. 

P1

 

P2

 

P3

 

P4

 

P5

 

P6

 

La gare amont

La gare amont retour tension est un modèle unique développé pour les 6x6, qui n'a pas été repris sur les télésièges Orion et Colibri construits ultérieurement par Poma. L'ensemble repose sur un massif en béton incliné. La poulie est à la largeur de voie. Comme en aval, le constructeur a rajouté un arceau sur la partie supérieure de la poulie. Pendant le débarquement, le siège est maintenu par un rail de stabilisation.

La centrale de tension au milieu, et l'entrée du rail de stabilisation  

 

Le lorry, la poulie retour et l'arceau métallique rajouté

 

Quelques vues supplémentaires de l'appareil

 

Liens et remerciements 

La station de la Plagne : http://www.la-plagne.com

La mairie de Champagny-en-Vanoise : https://www.mairie-champagny.fr/

Merci pour la contribution à ce reportage  : http://www.perso-laplagne.fr



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