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Aux Contamines-Montjoie


 

La SECMH, exploitant historique du domaine skiable des Contamines-Montjoie / Hauteluce étalé entre la Haute-Savoie et la Savoie, est partenaire avec Remontées-Mécaniques.net depuis de nombreuses années. L’entreprise, qui a fêté ses 70 ans d’existence en 2016, exploite un parc de 24 remontées mécaniques dont quatre télécabines, qui desservent 120 kilomètres de pistes situées principalement sur un vaste plateau d’alpage entre 1500 et 2500 mètres d’altitude. Économiquement, la SECMH a effectué un chiffre d’affaire de 9,4 millions d'euros en 2016, ce qui la situe autour de la 25e place des exploitants de domaine skiable de France.
Depuis 2000, la SECMH est également présente au sein de la STBMA qui exploite le domaine skiable de Saint-Gervais et de Saint-Nicolas-de-Véroce. Afin de regrouper l’ensemble de ces activités la marque Val Montjoie Développement a été récemment créée.

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Didier Mollard - SECMH


Dans la série des interviews RM.net que nous avons débutée il y a quelques mois, Didier Mollard - Directeur Général de la SECMH - a accepté de répondre à nos questions.

Sommaire





 

Questions parc remontées mécaniques - SECMH

Bonjour Didier Mollard, et merci de répondre à notre invitation. Pour, présenter l'activité de la station pouvez-vous nous préciser le nombre de skieurs accueillis lors d'un gros jour d'activité par la SECMH ?

- On considère un gros jour, entre 8 000 et 10 000 skieurs.

Le parc aux Contamines-Montjoie/Hauteluce est quasi uniquement composé d'appareils Poma. Ceci est un héritage, mais dans les derniers équipements la SECMH fait-elle jouer la concurrence ?

- L'entreprise a toujours fait jouer la concurrence. J'ai assisté aux trois derniers appels d'offres (Nant Rouge, les télécabines et Bûche Croisée), avec une grosse mise en concurrence et c'est Poma qui a toujours été le plus performant. Aux Contamines, il y a une histoire de longue date avec Poma.

Quels avantages tire-t-on à disposer d'un fournisseur unique ?

- Il y a toujours des avantages et des inconvénients. L'avantage est que l'on connait ce fournisseur. Ceci est important quand il y a des gros problèmes. On a vu que nous étions pris en considération dans l'exemple de la télécabine. Du fait que l'on soit très fidèle à Poma, le problème a été vite réglé. Au final, il y a le prix que l'on achète et il y a le service derrière.
L'inconvénient est que l'on n'a pas de recul sur les autres fournisseurs. Toutefois, grâce à l'expérience de St-Gervais qui a un parc plus varié, cela nous permet d'avoir un retour d'expérience. On regarde les produits Doppelmayr mais on n'a pas de recul. Et les stations qui en sont équipées - concernant les équipements importants - en sont à peine à la visite V3.

En 2017, la saison a été marquée par une panne électrique insolite qui paralysa le domaine skiable et obligeât une évacuation des télécabines. Y a-t-il eu des modifications apportées afin d'éviter un scénario identique ?

- Les Contamines sont alimentés en électricité par Hauteluce. En cas de coupure, le réseau bascule rapidement pour réalimenter les Contamines. La panne de l'année dernière était banale, mais sur les télécabines nous avons eu un problème de surtension. Aujourd'hui, toute la procédure a été revue et des modifications ont été apportées en cas de panne d'alimentation électrique. Bien sûr, en tant qu'exploitant on n'a que peu de pouvoir sur les lignes électriques d'ENEDIS.

Les télécabines de Montjoie et du Signal ont été rénovées en profondeur en 2015 (cabines Diamond, système électrique, aménagements et esthétiques...) mais en conservant les doubles pinces S trentenaires. Le gain financier est-il tangible à moyen terme compte-tenu notamment des inspections restant à charges ? Avec le recul, êtes-vous satisfait de cette rénovation ?

- Pour être précis, la télécabine de Montjoie n'a pas subi de modification mécanique, mais une rénovation électrique normale. La télécabine du Signal a, elle, connue une modification mécanique dans les chaines de traînage. On s'est posé la question s'il fallait changer les lanceurs, mais le montant était un peu trop élevé. La pince S, c'est une grosse pince très lourde en maintenance. On a fait le calcul, et si on devait changer les pinces, il aurait été quasiment plus rentable de partir sur un appareil neuf !
Poma nous avait fait une proposition en déplaçant la télécabine du Signal, en gardant quelques pylônes, et avec un certain débit horaire. Mais, pour nous ce projet était trop précipité et trop tôt dans l'agencement du plateau de l'Etape. Évidemment que la pince S, je le regrette un peu car cela prend un temps en maintenance énorme. Ce sont des pinces très sensibles au gel, que l'on ne peut pas laisser dehors, etc ...
On a fait ce choix-là, sachant très bien que pour les deux appareils nous réfléchissons à plusieurs scénarios d'avenirs. Le but actuel est de les faire tenir jusqu'à la fin de la concession en 2029. Au final, la rénovation, je n'en suis pas mécontent. Sauf que l'on a un appareil qui ne fonctionne pas mieux. Mais on a gagné en confort des cabines, et dans la rénovation intérieure des gares, ainsi que dans la nouvelle gestion des flux sur le plateau de l'Etape. Même si la pince S est en fin de vie, c'est un bon investissement.

Quel est l'avenir pour les remontées de basse altitude du secteur Village (Loyers, Baby...) ?

- La situation du Nivorin est complexe, et pourtant il s'agit de la plus belle piste d'apprentissage aux Contamines ! Possible qu'on l'équipe en neige de culture à l'avenir. Le plus longtemps on peut faire durer ces installations, on le fera. Surtout qu'aux Contamines, où nous ne sommes pas ski-aux-pieds, ces appareils sont importants.
Idem on gardera du ski nocturne gratuit. Je considère que les points bas devraient être du ski presque gratuit, car c'est là que les jeunes apprennent à skier et il s'agit de la clientèle de demain.

Quelle est la part de la saison d'été dans le CA de la SECMH ? Est-elle en augmentation ?

- Fréquentation en légère augmentation, mais qui représente 2% du CA. Toutefois, c'est important en terme d'image pour exister et présenter son domaine skiable l'été en prévision de l'hiver. On va un peu vers le VTT et il y a un vrai développement à faire. On remarque de plus en plus que les gens empruntent les remontées mécaniques comme moyen d'appui pour aller faire des randonnées ou d'autres activités en altitude.

Quelle réflexion avez-vous concernant les types d'options de confort ou sécurité qui équipent les remontées mécaniques modernes, tel que l'on voit en Autriche, Italie etc ... ? Est-ce qu'une remontée mécanique doit rester à confort minimale, ou bien est-ce qu'elle peut être un atout marketing important ?

- Pour les Contamines, j'y réfléchis. D'autant que je me rends en Autriche tous les ans. Mais il faut faire la part des choses entre le coût d'investissement et le retour financier possible. On se pose une question sur le confort : par exemple sur le télésiège de Montjoie, pour le faire évoluer avec des bulles. Toutefois, les Contamines c'est un domaine skiable relativement venté, donc on pense qu'avec des bulles on n'ouvre pas, et on va perdre en jours d'exploitation. Côté marketing : on a une clientèle fidèle. On n'est pas une station qui a une demande forte de la clientèle sur cet aspect.

 

Questions Val Montjoie Developpement (SECMH-STBMA)

> Y a-t-il vraiment des mutualisations entre deux domaines skiables non reliés ? (inspections mécaniques, pièces de rechange, gestion maintenance, achat de remontées mécaniques en commun à l'image d'autres groupes du secteur)

- Cette notion de groupe a deux ans et elle tient énormément aux hommes. Le groupe permet de peser dans le monde des remontées mécaniques. On commence à mettre en place de la synergie entre les deux stations, et notamment beaucoup d'échange de retour d'expérience. Les deux domaines sont extrêmement liés à l'image du forfait Evasion Mont-Blanc dont 80% provient de St Gervais. Évidemment, les fournisseurs savent très bien que nous sommes un groupe, et répondent à un marché en pensant au suivant dans l'autre station.

> Les domaines skiables du groupe ne comportent pas de tapis roulants (hors ESF). Est-ce un choix délibéré alors que la tendance actuelle pour les secteurs débutants va vers ce type de matériel ?

- J'ai deux avis sur les tapis roulants. Déjà, les tapis servent à remonter aussi bien des piétons que des skieurs, tout dépend de la configuration de la station. Aux Contamines, on se pose la question sur le plateau de l'Etape. Ce qui m'embête par rapport à la typologie de notre domaine skiable, c'est que le skieur débutant aux Contamines a accès par des pistes bleues et vertes jusqu'au sommet du Monument, soit à une grande partie du domaine skiable d'altitude. Hors, avec des tapis, on n'apprend pas aux gens à prendre les téléskis !
Aujourd'hui, un skieur débutant peut apprendre à emprunter le téléski sur le secteur de l'Etape en un ou deux jours, et ensuite se diriger vers un secteur d'altitude ce qui est un atout réel à conserver. Toutefois, je pense qu'on viendra vers le tapis roulant sur le plateau de l'Etape, certainement pour remplacer des fils neige déjà présents.

 

Le Futur aux Contamines-Montjoie/Hauteluce...

> Est-ce qu'il y a un plan directeur de gestion des remontées mécaniques à la SECMH ? Si, oui sur combien d'années ?

- Oui, il y a un plan directeur. D'ailleurs, il me semble qu'il n'y a que dans la gestion des domaines skiables qu'il y a des business plans aussi loin dans le temps !
Exemple, en cas d'un renouvellement de concession sur 30 ans, l'exploitant détaille les 30 années, avec les changements d'appareils et toutes les évolutions, ceci sans réellement pouvoir savoir tout ce qu'il va se passer sur une période aussi longue ! Vous êtes obligés d'avoir une vision d'un domaine skiable, de comment vous comptez le faire évoluer. Sur l'aspect parc des remontées mécaniques : il y a des visites techniques qui ont un coût important et ceci se prévoit. Sur les Contamines, la concession s'arrête en 2029, donc on a une vision sur 10 à 15 ans très claire. Pour le renouvellement du parc des remontées mécaniques qui sont des investissements lourds on a une vision claire sur les 10 années suivantes (> jusqu'à 2039).
Il y a un autre renouvellement de concession qui arrive, c'est celui du secteur d'Hauteluce, en 2021. Donc on a prévu ce que l'on fera sur le secteur Hauteluce, et il y a la liaison avec le Bellasta qui est bien partie.

> Lors du 70e anniversaire de la SECMH il avait été évoqué le nouveau télésiège de Roselette pour décembre 2019 :

- Dans le projet de Roselette, pour l'économie du domaine skiable, il avait été évoqué que le remplacement de l'appareil était lié à une augmentation de « lits » sur les Contamines. Hors, en fait on a plutôt une érosion « des lits » sur les Contamines ! Toutefois, nous allons le faire, car nous avons également un modèle économique basé sur le ski journée.
On a un projet assez ambitieux, lié à plusieurs choses qui vont entraîner un gros réaménagement de la zone du nant. Il nous faut un appareil qui techniquement permette de stocker les sièges en gare, car c'est une ligne fortement exposée au vent. La gare de départ sera reculée. On a fait des demandes administratives, qui sont très longues, pour couvrir le nant et faire le départ de l'autre côté. Vue l'emplacement dans l'espace d'arrivée nous privilégierons un débarquement dans le contour. On apportera un service en amont avec des toilettes publiques qui manquent actuellement sur le domaine d'altitude. Avec le nouveau Roselette, on fera l'ajout de bornes de forfaits magnétiques sur tout le domaine skiable dans le but de proposer un forfait temps : notamment un forfait 4 heures.
Concrètement, l'étude d'impact est lancée et a débuté au mois de mai dernier, notamment en raison de la proximité d'une zone de reproduction du Tétra Lyre. Donc, on sera prêt, au mieux pour décembre 2019, et sinon très probablement pour 2020. Par contre, je veux être sûr d'avoir le projet bouclé un an à l'avance pour l'annoncer avec certitude à la clientèle
Une fois qu'il y aura le nouveau Roselette cela va certainement faire changer de flux de skieurs, notamment vers la Jonction. Je sais que le Roselette est un appareil attendu : et je veux faire un BEAU Roselette.

> Au jour d'aujourd'hui, pouvez-vous nous évoquez les projets de liaisons du domaine skiable des Contamines-Montjoie/Hauteluce avec ses voisins ?

- Le projet de liaison vers le Bellasta et le domaine skiable des Saisie est porté par la commune d'Hauteluce. La Régie des Saisies et nous même sommes très très motivés, car nous vivons dans un mode ou il vaut mieux être relié que pas relié. Pour l'instant, nous sommes au début des études et l'on commence à lancer l'étude tarifaire conjointement avec les Saisies. Logiquement ce sera une télécabine qui partira de Belleville et qui rejoindra le départ du télésiège Bellasta, sans ski-au-pied, donc un fonctionnement dans les deux sens. On a fait toutes les études de temps pour les skieurs au départ de chaque domaine et on sait que cela va intéresser Praz-sur-Arly. En fait, c’est un projet d’un nouveau grand espace de ski, dont le nom reste à définir, à l’horizon de l’année 2022.

> A l'avenir : allez-vous vers 100 % des nouveaux projets en débrayables ou bien des remplacements de téléskis par des télésièges à pinces fixe sont envisageable ?

- Non pas du tout. On a beaucoup de passages sur nos téléskis, avec une clientèle friande de ces appareils. Les retours que l'on a de clientèle dans des enquêtes d'opinion nous montrent un attachement réel aux téléskis. On a un petit problème sur un appareil, lié à des pics de fréquentations. Il s'agit du téléski de la Grevettaz qui peut être saturé à certaines heures de la journée. En général, la modernisation des installations sera essentiellement liée au confort de l'appareil : assise, embarquement, etc ...
On pense également aux téléskis à enrouleurs qui ont de nombreux avantages notamment lors des journées de vents.

> Le futur se sera la concurrence du Funiflaine directement depuis l'A40 qui a pour objectif d'attirer la clientèle journée du basin genevois ?

- On entend un peu de tout sur ce projet. Ça peut être un concurrent vis-vis de la clientèle journalière des Contamines. Toutefois, je veux croire pour l'instant que la clientèle choisi son domaine en raison de son produit et de son offre.
La question du Funiflaine sera le temps d'accès au domaine skiable, et évidemment cela va leur rapprocher le ski-aux-pieds. Mais quel sera le prix ?
Est-ce que le Funiflaine rapportera de la qualité sur le domaine skiable du Grand Massif ? Dans le choix des clients... Je ne sais pas.
Si le prix augmente : alors les Contamines seront bon marché et cela nous rendra compétitif. Finalement, je pense que se sera plus une concurrence pour des stations comme Chamonix.
Disons, qu'à l'heure actuelle, j'ai dû mal à me faire une opinion. En tout cas, nous nous adapterons, et j'espère que notre liaison vers les Saisies arrivera certainement au même moment ce qui nous donnera un argument supplémentaire. Notre objectif reste d'améliorer notre domaine skiable pour satisfaire notre clientèle.

 

Souvenirs personnels...

Aparté : Didier Mollard a effectué une carrière sportive de saut-à-skis entre 1985 et 1997. Il est considéré comme l'un des meilleurs sauteurs français de l'histoire avec notamment six podiums en Coupe du monde (FIS) dont une seconde place sur le tremplin d'Holmenkollen à Oslo lors de la saison 1993. Il a pris part à trois éditions des Jeux Olympiques d'hiver (1988, 1992 et 1994) et à cinq Championnats du Monde (de 1987 à 1997).

> Dans votre carrière de sportif de haut niveau, avez-vous un souvenir marquant concernant les remontées mécaniques ? Je sais que les tremplins sont souvent accessibles via des appareils atypiques qui sont rarement ouvert au public...

- Maintenant tous les tremplins sont équipés de remontées mécaniques, souvent de télésièges, mais j'étais à l'époque où il y avait des funiculaires, ou des « chariots à câble ». Exemple, en Slovénie à Planica, où ils ont maintenant un Leitner. Avant c'était un truc impressionnant : un funiculaire avec des wagonnets de mines où l'on montait à 6 ou 8. Il y avait un petit débarcadère pour le tremplin de 90 mètres au niveau du croisement des cabines, et une arrivée haute pour le tremplin de 120 mètres. Ceci avec une pente très raide !
En télésiège atypique, il y avait des vieux clous en Pologne à Zakopane dont un télésiège une place de côté avec rien pour se te tenir, et les skis avec soit. C'était encore l'époque Europe de l'Est...

> Didier Mollard, merci pour cette interview, et bonne saison 2018.

 

Pour aller plus loin

Dernière révision le 06/10/2018 - 09:31