Baco AG - Constructeur Suisse du groupe Poma


 

Bonjour Mr Schibli et merci pour cet entretien qui nous permet de mieux connaître Baco. Pouvez-vous nous parler de l’histoire de l’entreprise Baco ?

- L'entreprise Baco a été créée dans les années 1950 par Marcel Bachmann. Il construisait alors des téléskis et télésièges à pinces fixes. Son fils, Roland Bachmann, a repris l’entreprise à la fin des années 1970 et une collaboration a commencé avec Poma lors de la construction d’une télécabine six places, avec pinces S, à Saanenmöser (Gstaad) en 1980. Cela a permis à Baco de proposer les produits Poma en Suisse. Plus tard, à la fin des années 1980, Poma a acheté l’intégralité du capital-actions de Baco. A l’époque Poma avait une agence en Suisse qui avait été créée par Mr Besson dans le canton de Vaud. Suite à son décès, son fils Pierre Besson (qui fut ensuite directeur de Villars sur Ollon) avait repris l’activité dont les bureaux étaient alors situés à Monthey, dans le canton du Valais, ce qui a fait que l’entité de Monthey a été intégrée dans Baco lorsque Poma a investi dans l’entreprise.
Baco avait un bureau d’études à Steffisburg, car avant les normes européennes qui sont entrées en vigueur en 2004, et en Suisse en 2006, il y avait de nombreuses d’adaptations à faire sur les remontées mécaniques pour les rendre compatibles avec les ordonnances et les normes suisses. C’était de petits détails, notamment sur les balanciers ou les rattrape-câbles, mais c’était important et obligatoire.

En 2021, que représente Baco ?

- Disons qu’il y a eu une autre étape importante qui fut l’entrée de Poma dans le groupe HTI, en 2000. Cela a signifié pour Baco la prise en charge du service après-vente (SAV) de toutes les installations Leitner sur l’ensemble du territoire suisse. Leitner avait alors une petite structure, en Suisse alémanique dans le canton d’Obwald.
Donc en 2021, Baco fait le SAV pour tout le groupe HTI dans l’ensemble de la Suisse, autant les installations Leitner, Poma que Baco. De plus Baco commercialise dans le neuf toutes les installations Poma. Car Leitner a une agence commerciale indépendante pour la vente de ses appareils neufs.

Pouvez-vous nous présenter le parc suisse des remontées mécaniques ?

- Il faut savoir qu'en Suisse jusque dans les années 1980 il y avait peut-être une dizaine de constructeurs de remontées mécaniques nationaux, si ce n’est même plus. On a un parc existant dont une très grosse part a été réalisée par les constructeurs historiques locaux tel que Von Roll, Giovanola, Habegger, Garaventa, Bartholet, etc… Baco avait des installations mais uniquement des téléskis et des télésièges fixes. Aujourd’hui il reste encore quelques téléskis Baco. En Suisse romande, il y a eu également beaucoup de téléskis débrayables Poma dont bon nombre sont encore en service.

Concrètement pour nous situer dans le parc actuel, entre Poma, Leitner et Baco on représente 20 % des appareils de type téléskis. Dans les autres téléportés notre part de marché est un peu plus faible : autour de 10% pour les télécabines et 15% pour les télésièges.
Le reste du parc des remontées mécaniques est entré dans le giron du groupe Doppelmayr/Garaventa principalement par le processus des fusions d’entreprises. Garaventa a fusionné avec, ou absorbé, un grand nombre d’entreprises qui étaient présentes sur le marché suisse telles que Von Roll, Habegger, Giovanola, Küpfer, WSO, etc.
Donc sur le parc existant il y a une grosse proportion de nos concurrents et nous, nous avons une part solide mais limitée.

Quel est votre estimation de la part de marché de Baco sur le secteur des remontées mécaniques neuves ?

- Au niveau du parc neuf, la situation est un peu similaire. Baco a une part de marché plus petite que le leader Garaventa. On doit être à environ 10 % du construit neuf, car nous construisons un à deux appareils maximum par an, sur un marché global suisse qui oscille entre 15 et 25 appareils.
Ensuite cela dépend si on regarde le nombre d’appareils ou bien le chiffre d’affaires réalisé : car Leitner en faisant le 3S à Zermatt a pesé lourd sur le budget des investissements Suisse de 2018.

Comment se répartit le marché des remontées mécaniques neuves entre les groupes Poma et Leitner en Suisse, où l’on remarque qu’il n’y a pas une concurrence directe entre les deux groupes comme c’est le cas sur d’autres marchés ?

- En effet, il n’ y a pas de concurrence directe entre Leitner et Poma en Suisse car nous avons fait une répartition linguistique. Cela signifie que Leitner est présent sur la partie Suisse allemande et le Tessin en corélation avec les langues parlées chez Leitner à Sterzing. Avant le rapprochement entre les deux groupes les projets de Leitner en Suisse romande étaient réalisés par Leitner France. Depuis 2005, nous proposons plutôt en Suisse romande un produit Poma et en Suisse allemande un produit Leitner.

Et en plus de la différence géographique-linguistique, y a-t-il une répartition entre Leitner et Poma sur le type de remontée mécanique proposé à un client ?

- Non, car si on regarde la gamme des produits au niveau des deux groupes, c’est aujourd’hui la même. Il y a des petites déclinaisons qui vont changer, le design, les variantes de finitions, comme au niveau des couvertures de gares par exemple, ce qui permet à chaque marque d’avoir sa propre architecture pour se démarquer. Le cœur de l’installation, motorisation, DirectDrive, les structures des gares sont les mêmes.

Donc, quand il y a un appel d’offre en Suisse romande, est-ce que c’est Baco qui répond, ou bien est-ce Poma ?

- C’est Baco qui répond. Et nous proposons toute la gamme Poma des téléskis, aux télésièges fixes, débrayables, Multix, aux télécabines et aux gros téléportés.

Et une fois qu’un marché de remontée mécanique est obtenu par Baco, que fait l’entreprise ?

- Baco est l’agent commercial et ensuite les études techniques sont réalisée par Poma. C’est Baco qui présente l’offre et effectue le suivi de proximité. Bien que la norme européenne s’applique aussi en Suisse, on a toujours des procédures administratives, comme le dépôt d’un permis de construire, qui sont assez spécifiques à la Suisse. Donc Baco intervient pour constituer un dossier afin qu’il soit recevable par l’administration helvétique.
Concrètement nous n’avons pas de vrai bureau d’études en Suisse. Les études, l'ingénierie et la fabrication sont sous-traitées à Poma en France.

L’autre activité importante de Baco est tout le SAV des appareils Poma, Leitner et Baco construits en Suisse. Quel est le volume de cette activité ?

- Oui bien sûr, au niveau SAV on gère chez Baco 155 téléskis en exploitation, environ 60 télésièges, une quinzaine de télécabines, quelques funiculaires, un téléphérique et le 3S Leitner à Zermatt.
D’ailleurs dans cette période au contexte compliqué, comparé à nos collègues français et italiens, Baco aura cette année un chiffre d’affaires SAV tout à fait normal. Sans recul comparé aux dernières années. Cela s’explique par la sagesse de notre gouvernement de laisser ouvertes les remontées mécaniques cet hiver.

Comment voyez vous l’évolution du marché suisse des remontées mécaniques pour les 3 à 5 prochaines années ?

- Ces derniers temps il y a eu des années relativement fortes de constructions. On remarque que dans les contrats déjà signés il y a un bon nombre d’appareils en attente de réalisation, mais les processus sont assez lents en Suisse. Parfois entre le moment où un constructeur est choisi et la construction de l’appareil, plusieurs années peuvent s’écouler.
Cette année quelques appareils sortent. Pour l’année prochaine il y en déjà pas mal qui ont été signés l’année dernière. Donc ce seront deux années avec un bon nombre d’installations neuves construites.
A moyenne échéance il est plus difficile de se faire une idée. Il y a actuellement peu d’appels d’offres en cours, ceci n’est pas forcement lié à la crise du Covid, mais à un cycle général.
Plus particulièrement sur le marché suisse romand je trouve que cela a l’air d’un peu se calmer.

Ces dernières années il y a un développement important en France d’appareils téléportés favorisant l’accès aux stations de ski ou aux villages de montagne nommés « ascenseurs valléens ». Est-ce que vous pensez que ce type d’infrastructures est également possible en Suisse ?

- Au sujet des appareils valléens il y a le canton du Valais qui a une politique très active dans ce sens avec une quinzaine de projets pour des dessertes de villages ou de stations de ski depuis la plaine. Historiquement il y a déjà eu souvent ce type d’équipement et je pense que cela va continuer à se développer. C’est très attractif car on est en train de remettre en avant ce type d’équipement en calculant les coûts par rapport à l’entretien d’une route de montagne, ou d’exploitation d’une ligne de bus postal. Je pense d’ailleurs que l’on démontre facilement qu’une remontée mécanique est plus économique sur le long terme et offre une bonne disponibilité d’usage ainsi qu’une grande flexibilité dans le nombre de courses. Imaginez un bus postal qui va effectuer une rotation toutes les 1h30 ou 2h comparé à un téléphérique qui peut fonctionner toutes les 15 minutes sans engendrer de coût important.
Donc sur l’aspect des appareils valléens il y a un potentiel de développement certain en Suisse, que cela soit en Valais, dans les Grisons ou dans d’autres cantons en Suisse centrale où il y a énormément de petits téléphériques.

Les remontées mécaniques urbaines en Suisse sont historiquement des appareils de type funiculaire, est-ce qu’il y a des projets ou un avenir pour des téléportés urbains en Suisse ?

- Par contre les téléportés purement urbain sont plus complexes à réaliser en Suisse. Plusieurs projets ont été initiés, notamment par des partis politiques, dans plusieurs villes telles Genève, Morges, Fribourg, Zurich, etc.
A Zurich la Banque Cantonale, dans le cadre d’un jubilé, voulait faire cette traversée de la rade qui était quelque chose de temporaire et touristique et il y a une volée d’oppositions. Et pourtant ce n’est pas réellement urbain mais juste deux rives du lac qui sont impactées.
Actuellement en Suisse, le cadre légal donne énormément de possibilités de recours qui empêchent ce type de constructions dans le mesure où on se retrouve avec des dizaines, voir des centaines de riverains et donc de recours exponentiels. Évidemment il y a des possibilités avec des procédures d’expropriations mais ce sont des démarches très longues.
C’est le principal élément qui bloque les investissements de ce type en Suisse. Pourtant il y a régulièrement de nouveaux projets intéressants et je reste persuadé qu’à la longue le transport à câble arrivera à trouver sa place dans le paysage urbain Suisse, car il est indéniable qu’il présente de nombreux avantages.

Sur les appareils neufs, niveau technique est-ce que les motorisations de type Direct Drive sont une tendance demandée par les exploitants en Suisse ?

- Cela dépend un peu des constructeurs. Nous on pousse ce type de motorisation énormément que ce soit chez Leitner ou Poma car on propose quasiment en standard le Direct Drive sur toutes les installations concernées. Hormis sur des petits appareils qui ont besoin d’une puissance faible et où l’investissement de départ sera certainement trop grand. Mais à partir d’un télésiège six places avec un certain débit, le Direct Drive devient rentable dans l’investissement et surtout après dans l’exploitation. Car clairement on réduit les coûts de la maintenance, ces moteurs étant sans engrenage et avec aucune consommation d’huile. Autre avantage, en stations à proximité d’habitations, le bruit est nettement réduit sur ce type de motorisation.
Il est possible que certains exploitants restent conservateurs et attendent d’une technologie qu’elle soit clairement éprouvée avant de l’acheter. Toutefois avec le nombre de références sur ce type de motorisation que l’on a dans le groupe HTI, qui compte plus de 200 appareils, je pense que l’on peut être confiant.
D’ailleurs l’un des tout premiers Direct Drive Leitner a été installé en Suisse à Saint-Moritz il y a déjà 20 ans !

Une autre innovation nouvelle en Suisse est l’automatisation des remontées mécaniques permettant de faire fonctionner des appareils, même des télécabines, en libre-service. Pensez-vous que ce type d’innovation sera demandée en Suisse ?

- Pour les grandes stations c’est sûrement un produit qui sera demandé et se développera. Il y a eu une réelle volonté en Suisse d’établir un référentiel en la matière grâce à une commission professionnelle comprenant différents constructeurs et l’Office fédéral des transports (OFT). Nous avons rédigé une directive qui est maintenant publiée sur le site de l’OFT qui donne les grandes lignes d’un appareil en exploitation sans présence d’agent.
L’exploitation sans agent est également particulièrement adaptée aux appareils va-et-vient. Car il y a déjà beaucoup d’installations de ce type en Suisse, avec notamment des petits téléphériques valléens qui sont déjà partiellement exploités comme cela, mais de façon pragmatique, sans avoir eu forcément toutes les réflexions concernant les mesures compensatoires à prendre pour une exploitation de ce type. Donc l’OFT voulait recadrer cette démarche, pour être certain que l’exploitation soit faite rigoureusement, sur la base d’une analyse de risque, le problème ne se règle pas simplement en mettant en place une caméra de surveillance. Il y a tout une série d’autres points à respecter, que cela soit sur les aspects de protection incendie, de surveillance des flux des voyageurs, d’évacuation, etc.
Donc oui il y a un fort potentiel, également pour les stations de ski qui naturellement se pencheront sur ce type d’innovation car la main d’œuvre est relativement chère en Suisse. Quand il est possible d’économiser un ou deux collaborateurs sur un appareil pendant toute une saison, cela n’est pas négligeable. Le surcoût de l’investissement avec ce type d’innovation sera au final amorti plus vite en Suisse que dans d’autres pays.

Patrick Schibli, merci pour cet entretien.
Entretien réalisé le 20 mai 2021 par téléphone.

Pour aller plus loin :
- Découvrez la fiche du constructeur sur notre site : Baco.
- Le site internet de Baco AG.

Dernière révision le 04/06/2021 - 12:14