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Histoire des téléskis


 

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Sommaire



 

Les prémices : de Winterhalder aux bricoleurs inventifs des années 1930

Les premières traces connues de remonte-pente à destination des sports hivernaux remontent à février 1908. Il s'agit d'un équipement avant-gardiste construit au Schneckenhof à Schollach (Forêt Noire - Allemagne) par Robert Winterhalder. Avec ses cinq pylônes intermédiaires, ses agrès et son fonctionnement à mouvement continu, cet appareil préfigurait déjà de façon étonnante les téléskis des années 1930. Il fonctionnait grâce à un moulin hydraulique. Le ski n'en étant qu'à ses balbutiements, l'appareil, long de 280 mètres, restait essentiellement utilisé par les lugeurs mais des illustrations d'époque montrent des skieurs l'empruntant. Le brevet déposé par Robert Winterhalder en 1909 décrit d'ailleurs la traction des skieurs.

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Remonte-pente du Schneckenhof à Schollach, Forêt Noire, Allemagne, par Robert Winterhalder (DP)


En matière de remonte-pente pour skieurs, il faut également mentionner, durant ce même hiver, l'exploitation à Schwarzenberg dans le Vorarlberg (Autriche), du télé-traîneau motorisé de Bödele, installé pour remonter les skieurs en haut du tremplin de saut. Long de 70 mètres, l'équipement se composait d'un grand traîneau tracté par un câble animé par un moteur thermique. Un principe à mi-chemin entre funiculaire et téléski.

A ces exceptions près, le parc naissant de remontées mécaniques pour voyageurs restait cependant essentiellement composé d'appareils nécessitant la construction d'infrastructures lourdes, à savoir, de funiculaires puis, à compter de la fin des années 1920, de téléphériques. Ces équipements étaient généralement utilisés pour accéder à un belvédère ou un territoire au relief difficile. Mais avec l'essor du ski alpin, des pionniers inventifs se mirent également à construire ça et là des remontées mécaniques plus légères, destinées uniquement à l'activité hivernale.

Ainsi, selon un principe analogue au télé-traîneau motorisé de Bödele, les ateliers suisses Oehler livrèrent dans les années 1920 à Crans Montana le funiluge de Plans Mayens. Ce type d'équipement rencontra un certain succès jusqu'à la fin des années 1940 du fait de son faible coût d'installation.

Sur le continent américain, Alex Foster installait le 1er janvier 1933* le « Foster's ski-tow » sur la Big Hill de Shawbridge (désormais intégré à la commune de Prévost) dans les Laurentides (Québec - Canada). Parfois surnommé le « Foster’s Folly », il s'agissait d'un câble animé par le moteur d'une camionnette Dodge. L'équipement préfigurait le développement des ropetows (télécordes) dès les saisons suivantes.

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Foster's ski-tow, à Shawbridge, Québec, Canada, par Alex Foster (DR, coll. Guy Thibault, Musée virtuel de Prévost)


Dans les Alpes françaises, dès 1930, le Thononais Pierre Gilbert implanta sur les pentes du Savoy à Chamonix un câble motorisé tractant bobs et luges*. Durant cette décennie, Yvon Marlier équipa brièvement le col de Porte (Isère - France) d'un petit monte-pente à va-et-vient avec un traîneau tracté par un câble qui tirait plusieurs skieurs par trajet ; un véritable téléski y fut également mis en service par un charpentier savoyard, Charles Rossat, en février 19361. Ce dernier était équipé de cordes de traction agrippées manuellement sur le câble à la demande pour la montée, préfigurant la technique du téléski débrayable à venir.

Au rang des pionniers français du téléski, on ne peut passer outre l'ingénieux Gabriel Julliard qui se lança dès 1935 dans la construction d'un premier remonte-pente bricolé au col de Plainpalais*, vers La Féclaz au Revard (Savoie).L'appareil s'avéra peu fiable mais Julliard persévéra et livra ainsi dès 1936 des téléskis à La Feclaz, Lelex, Val d'Isère, Tignes*, Valloire**.

Gabriel Julliard s'était nottament associé à Charles-Henri Royer, architecte des PTT et qui contribua à la reconstruction de la ville de Reims après la Première Guerre mondiale. Julliard imaginait, prenait les marchés et Royer mettait en plan. Les deux hommes déposèrent en outre en février 1936 un brevet de suspente à contrepoids permettant la remontée automatique des agrès en hauteur. Gabriel Julliard créa dans les années 1940 sa propre société, la Sosatel, et réalisa plusieurs autres téléskis (Valloire, La Clusaz...) jusque dans les années 1950. Il inventa également le télébenne en 1947. Il mourut d'un accident de chasse en 1954.


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Téléski du Rogoney à Val-d'Isère, France, par Julliard - Royer (DR, coll. Laurent Berne)



Les autres massifs français n'étaient pas en reste. Dans les Pyrénées, dès 1928*, Superbagnères fut équipé d'un télé-traineau tracté par un câble sur les pentes du Téchous*. Il permettait de remonter 4 personnes assises et 2 en ski-jorring. On appelle d'ailleurs encore aujourd’hui « col du treuil » l’endroit surplombant l’ancienne arrivée de cet équipement. Cette installation fut remplacée dès 1937 par le téléski de la Cabane*. Ce dernier sera précédé d'une saison par le remonte-pente de Gourette, qui constitue le premier téléski des Pyrénées*.

Dans le Massif Central, le Forézien Eugène Masson réalisa en 1929 une première tentative d'équipement mécanisé de la Jasserie dans le Pilat (Loire) qui n'aboutit cependant réellement qu'en 1937 par l'ouverture du téléski de Panisset parallèlement à l'installation de deux téléskis débrayables systèmes Poma au Mont-Dore (Puy-de-Dôme). C'est cette même année 1937 que fut également mis en service le premier téléski des Vosges, au col de la Schlucht.

1 - La date de 1935 voire 1934 rencontrée parfois est erronée, comme en atteste la presse de l'époque : Le Petit Dauphinois - 01/02 et 10/02 1936 : "Un monte-pente est en construction au col de Porte", "le remonte-pente fonctionne à merveille"

 

Le système Constam et les débuts de la standardisation

L’ingénieur suisse Constam est connu pour avoir conçu le premier téléski standardisé moderne à enrouleurs dont le premier exemplaire fut construit en 1934 à Davos (Suisse) par la société Adolf Bleichert & Co.


Après avoir réussi ses études à l'École polytechnique fédérale de Zurich, l'ingénieur suisse Ernst Gustav Constam exerça ses premières armes sur quelques projets de petits téléphériques au sein des ateliers de Robert Aebi. En 1932, il ouvrit son propre bureau d'ingénierie à Zollikon, près de Zurich, et devint le représentant pour la Suisse de la société Adolf Bleichert & Co de Leipzig, le plus important constructeur de téléphériques de cette époque. Constam s'impliqua tout particulièrement avec Adolf Bleichert & Co dans la construction du téléphérique du Säntis, dont il était d'ailleurs co-propriétaire de la concession.

Il anticipa le développement des remontées plus légères à destination des skieurs dès le début des années 1930, avec un premier brevet de remontée mécanique permettant d'être tracté à contre-pente. Après quelques perfectionnements de l'idée, il fit fort logiquement appel à son associé Bleichert pour construire en 1934 le premier modèle de cette invention sur le stade de neige du Bolgen à Davos (Suisse).

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Premier téléski du Bolgen à Davos, Suisse, par Bleichert (DR, Davos)


Il s'agissait d'un téléski avec des sellettes en forme de « J », remplacées dès 1935 par des sellettes à archet (ou arbalète) à deux places suivant une idée soufflée par le professeur de ski davosien Jack Ettinger. Le débit du téléski fut ainsi doublé.

Le système initialement imaginé par Constam nécessitait deux accroches au câble limitant le nombre de véhicules en ligne : une au niveau du cordage de l'agrès, et une attache à enroulement située en aval sur le câble et relié à l'agrès permettant d'assurer un démarrage en douceur et de remonter les sellettes en hauteur lorsqu'elles n'étaient pas utilisées. Ce principe fut revu dès 1939 au profit d'une configuration à enrouleurs similaire à celle que nous connaissons aujourd'hui.

Plusieurs appareils système Constam furent rapidement construits par Adolf Bleichert & Co en Europe : ainsi, en France, on inaugurait dès le 13 décembre 1935 à Megève un téléski à enrouleurs sur les pentes de Rochebrune (premier téléski du pays, inauguré quelques jours avant ceux de Combloux, du Revard et du Sauze) et dès le 23 février 1936* celui du Prarial à Montgenèvre, de modèle analogue.

Notons qu'en France, plusieurs remonte-pentes de type Bleichert fonctionnèrent durant les premières années d’exploitation avec un système original de luges individuelles sur lesquelles s'installaient les skieurs durant la montée. C'était le cas du monte-pente mis en service au Sauze, près de Barcelonnette, dès décembre 1935, peu après celui de Megève.

Aux États-Unis, Dan Hatch, directeur du Dartmouth Outing Club, et Otto Schniebs, moniteur de ski, eurent écho de l'invention de Constam et impulsèrent dès 1935 l'installation sur Hoak Hill à Hanover (New Hampshire) du Dartmouth Ski Tramway*, premier téléski du continent américain. Le remonte-pente, rapidement nommé J-bar du fait de ses sellettes en forme de « J », avait été conceptualisé par Fredrick Bryon Tomlinson, un étudiant travaillant sous la direction du professeur d'ingénierie de Dartmouth William P. Kimball*. Pour l'anecdote, Ernst Constam, qui eut écho de l'installation du téléski, réclama des droits à la station pour la similitude de la forme des perches en J, pourtant sans enrouleurs, avec celle décrite dans son brevet initial de téléski.

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Dartmouth Ski Tramway, premier téléski des États-Unis d'Amérique
(DR, fair use archives du Dartmouth College)


C'est d'ailleurs aux États-Unis que Ernst Constam s'établit au début de la seconde guerre mondiale. Il y développa des téléskis plus légers avec des perches à arbalète sans enrouleurs. Avant son départ, il concéda l'exploitation de ses brevets de téléskis à enrouleurs pour l'Europe à son compatriote Henri Sameli-Huber, avec qui il travaillait déjà depuis 1937. Sameli-Huber installa ainsi quelque 65 appareils sur le vieux continent entre 1940 et 1952.

Le système à enrouleurs remporta un vif succès et se développa à l'échelle planétaire, initialement sous brevet Constam, puis par l'arrivée de nouveaux produits mis au point par de multiples constructeurs, principalement suisses, italiens et autrichiens, développant diverses améliorations comme les enrouleurs magnétiques plus légers.

 

La brassière PLM - Lenoble

En France, dès décembre 1935 et parallèlement aux remonte-pentes de Megève et du Sauze, l'ingénieur Charles Lenoble livrait pour le compte du PLM (Compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée) les « téléskis » de l'Observatoire au Revard (Savoie) et de Combloux (Haute-Savoie). Un exemplaire similaire, le téléski PLM de la Côte, fut également mis en service à Chamonix, au pied de Planpraz dès janvier 1936*.

Le mot « téléski » apparaît dans des articles de presse dès le premier trimestre de l'année 1935*, inventé par Charles Lenoble, ingénieur au PLM, avec les aménagements planifiés au Revard pour la prochaine saison d'hiver, sans doute inspiré par l'appellation allemande skilift (ou ski-lift). Il qualifiera également fort logiquement les autres remonte-pentes mis en service par le PLM pour l'hiver 1935-1936, à savoir le téléski de Combloux et celui de la Côte à Chamonix.

Le terme est également repris parallèlement par Gabriel Julliard sous la graphie télé-ski avec l'installation de son premier remonte-pente au col de Plainpalais, fin 1935*. Pour autant, jusqu'aux années 1950, les appellations monte-pente ou remonte-pente restent tout de même largement privilégiées.


Le téléski du Revard reçut quant à lui un ingénieux dispositif : Charles Lenoble y avait imaginé deux câbles tournant à une vitesse légèrement différente par le biais d'un étage de réduction en gare motrice. Lorsqu'un véhicule était utilisé par un skieur, le poids exercé sur ce dernier venait libérer le chariot qui était jusque-là pincé sur le câble inférieur par un ressort de compression. Le câble de traction se déroulait alors en douceur jusqu'à arriver en butée. il était ensuite entraîné par le câble supérieur, d'un diamètre plus conséquent. Au niveau du lâcher, le chariot, libéré de la force exercée par le skieur, venait de nouveau se pincer au câble inférieur et, sous l'action du différentiel de vitesse des deux câbles, la brassière était automatiquement remontée.

Ces téléskis du PLM étaient initialement équipés d'agrès avec une demie-pioche similaire au système Constam. Cependant, pour échapper à un procès en contrefaçon ils durent les abandonner dès 1936 au profit d'un système original de traction à brassières développé par Charles Lenoble. Le skieur plaçait ainsi ses coudes dans un cintre à courroie souple pour se faire tracter.

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Téléski de la Côte à Chamonix, France, par le PLM, système Lenoble (DR, collection Laurent Berne)


Bien que les téléskis PLM étaient construits de façon relativement lourde et plutôt industrialisée (à l'image des téléskis Bleichert système Constam), le système de brassière tractant les skieurs par les coudes, peu pratique, ne remporta pas un grand succès et fut abandonné après quelques années.

 

Le téléski à ceintures

Le bouillonnant Gabriel Julliard employa dès 1935 un système de remontée des skieurs par le bais d'une ceinture sur son téléski du col de Plainpalais* (Savoie) et reconduisit le système de ceintures dès 1936, nottament sur le téléski du Rhonaz à Tignes.

Avec son ticket de montée, le skieur recevait ainsi une ceinture dont la fermeture était assurée en tenant d'une main une poignée de sécurité (permettant, dans la théorie, l'ouverture automatique en cas de chute).

En Suisse, les ateliers Oehler commercialisèrent également à partir de 1937 des téléskis à ceintures. Ils employaient le brevet de l'ingénieur fribourgeois Beda Hefti qui avaient déjà testé un remonte-pente primitif en 1935 à La Berra. Les deux premiers véritables équipements système Hefti furent les téléskis de Corbetta aux Paccots et Nätschen - Gütsch à Andermatt.

Au départ, un employé plaçait la corde de traction du skieur sur le câble du téléski qui s'agrippait par coincement d'un crochet et suivait ledit câble par adhérence. La corde se terminait par un anneau que le préposé accrochait à la poignée de la ceinture du client. La ligne était constituée de pylônes en portique, en bois ou métalliques, avec un brin retour surélevé pour que les cordes ne traînent pas à terre.
A l'arrivée, un rail accueillait les crochets des cordes de traction et les débrayait automatiquement du câble. Le skieur lâchait alors la poignée, ce qui libérait la ceinture de la corde.

Les cordes étaient renvoyées par paquet à la G1 par le brin retour, où un système analogue à celui de la G2 les débrayait.

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Remonte-pente de Corbetta aux Paccots, Suisse, par Oehler (DR, coll. Laurent Berne)


Suivant ce système, Oehler livra en 1945 au Hörnli à Arosa le plus long téléski de Suisse, et certainement l'un des plus long au monde jamais construit : 2.710 m de long pour 682 m de dénivelée, avec 51 pylônes et une imposante station d'angle.

Le système de ceintures, plutôt contraignant, fut cependant progressivement abandonné à la fin des années 1940, au bénéfice de téléskis à enrouleurs classiques.

 

Pomagalski : et le téléski devint débrayable

Le grenoblois Jean Pomagalski cherchait une solution pour augmenter la vitesse de remontée sans avoir recours aux coûteux enrouleurs des téléskis système Constam ; il inventa dès 1936 le départ progressif puis la perche débrayable, qu'il fiabilisa en 1944 par l'attache à douille moderne.


Avec ses amis Marcel et Edouard Buttard, Jean Pomagalski, initialement entrepreneur en maçonnerie, se lança fin 1935 dans la construction d'un monte-pente à l'Alpe d'Huez avec des matériaux de récupération. Ingénieux et débrouillards, les trois hommes se servirent de poteaux télégraphiques réformés, de jantes de voitures récupérées dans une casse, d’un pont arrière de camion Perkins et d’un moteur Berliet.

Après quelques réglages, le monte-pente de l'Éclose entra en fonctionnement en février 1936. Jean Pomagalski exploita lui-même cet appareil avec la sœur des frères Buttard et son époux.

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Premier téléski de l'Éclose, à l'Alpe d'Huez, France, par Poma (DR, Poma)


Les perches de cet appareil prototype étaient de simples agrès fixes se prolongeant d'une perche en T réalisée en bois de noisetier. Pour amortir la prise de la perche au démarrage, il équipa le câble d'olives fixées à intervalles réguliers entre lesquelles étaient placées des bagues coulissantes constituant l'attache des véhicules. En parallèle, il mit en place une gare haute de 6 mètres, puis quelques mètres en sortie, un poteau en bois avec un galet de compression sur le brin montant.

A la prise de l'agrès, l'inclinaison du câble vers le bas, dans le sens opposé à la montée, ainsi que le coulissage de la bague de l'olive amont à l'olive aval devaient assurer un départ en douceur, ce qui, dans les faits, n'était pas toujours le cas.

Jean Pomagalski réfléchit à un système débrayable pour augmenter plus encore la vitesse de la remontée et éviter que les agrès ne tournent à vide. Toujours en 1936, tout en conservant son système de démarrage progressif reposant sur l'inclinaison du câble opposé à la pente, il mit au point une première attache débrayable : l'attache anneau. Il ouvrit, en leur bas, les bagues coulissantes des suspentes et leur adjoignit une embase élargie en forme d'anneau, au travers de laquelle le câble pouvait circuler librement. Ainsi, les suspentes restaient stockées en gare sur une glissière et étaient mises à disposition à la demande. La vitesse de ligne pouvait dès lors dépasser largement celle des téléskis à enrouleurs Bleichert-Constam. Cette attache débrayable fut inaugurée avec la construction du téléski de la Boule de Gomme (Les Gets).

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Remonte-pente débrayable de la Boule de Gomme, aux Gets, France, par Poma (DR, coll. Laurent Berne)


Poma avait des idées, mais pas de moyens de production en métallerie. Cherchant un partenaire à même de produire son invention en série, il se tourna vers Georges Dandelot, basé à Annecy, qui commercialisait depuis plusieurs années déjà sous la marque Alta divers engins à câbles (en particulier des monte-foins pour granges). Dandelot disposait de toutes les compétences nécessaires pour réaliser de vraies poulies et des pylônes en treillis standardisés.
Ils entamèrent leur collaboration avec la réalisation, entre 1936 et 1937, du téléski du Mollard à La Morte, des Bains à Villard-de-Lans, et de l'Eclose, à l'Alpe d'Huez.

Mais le système d'anneaux s’avéra peu fiable ; aussi, l'Éclose retrouva rapidement son système de perches fixes et Dandelot, tout en conservant son partenariat avec Jean Pomagalski, préféra utiliser, pour ses futures constructions, l' attache maison « fer à cheval ». Une dizaine d'autres téléskis Alta Dandelot-Poma furent ainsi construits jusqu'au début des années 40. De nos jours, un dernier témoin de ces appareils pionniers est encore visible à Aiguilles (Queyras) : le téléski du Chabataron.

Poma poursuivit ses recherches en matière de pince débrayable et déposa en 1939 un brevet de la pince « tenaille » où, en prenant l'agrès, le skieur faisait plier une pièce venant serrer le câble. Le système de pince tenaille fut testé en 1942 à l'Alpe d'Huez sur le téléski de la Petite Sûre puis par la société Applevage qui construisit quatre téléskis selon ce système (un à Villard-Reculas, près de l'Alpe d'Huez, un à La Mongie et deux à La Clusaz). Mais ces appareils rencontrèrent des problèmes dus à des phénomènes de vrillage du câble qui entraînaient parfois l'ouverture de la pince, provoquant des glissements des agrès en ligne... Rapidement, Applevage se retira du marché du téléski.

La persévérance de Jean Pomagalski fut cependant récompensée en 1944 avec l'attache à douille, reprenant le principe d'un petit tube bloqué en ligne par l'effet de levier grâce à une position un peu déportée de la perche. Simple et fiable, ce système breveté est encore aujourd'hui utilisé sur tous les téléskis à perches débrayables de la planète. Le premier appareil à en bénéficier fut celui du Lac Blanc, encore à l'Alpe d'Huez.

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Remonte-pente du Lac Blanc, à l'Alpe d'Huez, France, par Poma (DR, coll. Laurent Berne)


Dès lors, les téléskis système Poma, perfectionnés au fil temps par l'emploi de perches télescopiques améliorant l'amortissement, furent installés à plusieurs milliers d'exemplaires par Poma lui-même ou par le biais de licences.

 

L'âge d'or révolu du téléski

Dans les décennies 1950 à 1970, le téléski a largement contribué à la démocratisation du ski alpin, y compris dans les plus petits villages. Aidés par les normes et les autorisations d'époque peu contraignantes, le téléski s'avérait peu coûteux et rapide à installer. C'était tout particulièrement le cas du modèle B (pour Baby) conçu en 1950 par Pierre Montaz et Victor Mautino chez Poma : une gare avec moteur thermique au sol, démontable, légère et sans nécessité de fondations grâce à l'emploi de haubans, souvent associée a des pylônes de ligne démontables à trépieds.

Le goût de l'entreprise conduisit d'ailleurs Pierre Montaz et Victor Mautino à créer en 1952 leur propre société de métallerie serrurerie dans les environs de Grenoble. Ayant conservés de bonnes relations avec leur ancien patron Jean Pomagalski, ils obtinrent son accord pour la construction sous licence de leurs propres téléskis. La société Montaz Mautino profita des plans neige de l'état français et de l'explosion des sports d'hiver et livra plusieurs centaines d'exemplaires de téléskis système Poma sur toutes les montagnes de France, allant jusqu'à équiper quasi exclusivement certaines stations !


Le téléski constituait en outre une réponse adapté au flux croissant de skieurs puisque il était aisé d'installer des lignes double, voir triple dans les grandes stations.

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Téléski triple du Signal, à l'Alpe d'Huez, France, par Poma (DR, coll. Laurent Berne)


D'autres constructeurs utilisèrent également le système débrayable Poma : Giovanola en Suisse ou encore, en France, Transcâble puis son successeur Mécalift.

Les ateliers Duclos connurent également un petit succès à la fin des années 1950 en association avec l'ingénieur Marcel Arnaud qui avait mis au point un modèle débrayable démontable à bas coût. Entre 1958 et 1960, Duclos livra pas moins de 34 appareils, mais, l'aventure fût stoppée net lorsque Poma les attaqua pour contrefaçon.

A contrario, René Montagner, tissant de bonnes relations avec Poma, sut s'investir dans la technologie du téléski débrayable et développa même plusieurs perfectionnements, dont, en 1983, la station amont de type lâcher sous poulie, aujourd'hui mise en oeuvre sur beaucoup de téléskis.

A l'étranger, le téléski débrayable avait également la faveur du marché américain. Pour autant, ailleurs, c'était au contraire le système à enrouleurs proposé par des constructeurs tels Müller, WSO Städeli, Doppelmayr ou encore Leitner, qui dominait le marché.

Désormais, le téléski est abandonné par les grandes stations au profit du télésiège. Le téléski à enrouleurs reste cependant plébiscité pour des lignes écoles ou petites liaisons secondaires et certains constructeurs qui étaient historiquement spécialisés dans le téléski débrayable (comme GMM, le successeur de Montaz-Mautino) l'ont ajouté à leur catalogue.

 

Chronologie


  • 1908 - février : remonte-pente du Schneckenhof à Schollach (Forêt Noire - Allemagne) par Robert Winterhalder ;

  • fin des années 1920 jusqu'au milieu des années 1930 : quelques remonte-pentes artisanaux réalisés par des bricoleurs locaux comme par exemple le treuil de Pierre Gilbert à Chamonix (France, Haute-Savoie) en 1930* ou encore d'Yvon Marlier en 1932 au Col de Porte (Isère - France) ;

  • 1933 - janvier : câble motorisé de Shawbridge (Québec - Canada) par Alex Foster, premier ropetow (télécorde) du continent américain* ;

  • 1934 : téléski du Bolgen à Davos (Suisse), premier téléski standardisé à enrouleurs, conçu par Ernst Constam et construit par Bleichert ;

  • 1935 : téléski Dartmouth Ski Tramway sur Oak Hill à Hanover (New Hampshire - USA), premier téléski du continent américain ;

  • 1935 - décembre : premiers téléskis de France :
    - téléski à enrouleurs de Rochebrune à Megève (inauguré le 13/12), par Bleichert (système Constam) ;
    - téléskis de l'Observatoire au Mont Revard * et de Combloux, par le PLM, qui inaugurent l'emploi du mot téléski ;
    - monte-pente à enrouleurs du Sauze*, suivant le système Bleichert, mais avec remontée des skieurs par luges ;
    - téléski au col de Plainpalais, vers La Féclaz dans le Revard (Savoie), par Gabriel Julliard* ;

  • 1936 - février :
    - téléski à perches de l’Éclose à l'Alpe d'Huez (Isère - France)*, premier remonte-pente de Jean Pomagalski ;
    - téléski du Col de Porte*, par Charles Rossat, avec des cordes placées manuellement sur le câble, à la demande, pour la montée ;
    - le 23 février, téléski du Prarial, à Montgenèvre (modèle analogue au téléski de Rochebrune à Megève)* ;

  • 1936 - décembre :
    - premiers téléskis à perches débrayables (attaches "anneau") par Jean Pomagalski : la Boule de Gomme aux Gets (Haute-Savoie - France) et l'Éclose, 2e version à l'Alpe d'Huez ;
    - premier téléski des Pyrénées à Gourette* : la boule de Neige (système Constam) ;
    - premier téléski du Jura à Lelex par Gabriel Julliard ;

  • 1937 :
    - téléskis de Corbetta aux Paccots et Nätschen - Gütsch à Andermatt (Suisse), téléskis à ceinture système Beda Hefti, par Oehler ;
    - premiers téléskis du Massif Central : un à la Jasserie du Pilat, et deux (système Poma) au Mont-Dore ;
    - premier téléski des Vosges au col de la Schlucht ;

  • 1944 : téléski du Lac Blanc à l'Alpe d'Huez (Isère - France), premier téléski utilisant l'attache à douille "moderne" de Jean Pomagalski ;

  • 1952 : téléski de Sainte Agathe dans les Laurentides (Canada), par Breco, premier téléski sous licence Poma construit en Amérique ;

  • 1952 : téléski des Clochettes à Saint-François-Longchamp (Savoie, France), premier téléski de Pierre Montaz et Victor Mautino ;

  • 1983 : invention de la station amont de type lâcher sous poulie par Montagner (France).

Dernière révision le 09/04/2020 - 17:09