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Les télésièges


 

Chronologie


  • 1936 - premiers télésièges au monde à Sun Valley (États-Unis), conçus par l'ingénieur James Curran et construits par American Steel and Wire.

  • 1936 - aéro-glisseur des Cochettes à Villard-de-Lans (France) par Marcel Dumas : téléski bicâble avec possibilité d'exploitation avec sièges suspendus (mode de fonctionnement jamais employé cependant).

  • 1938 - télésiège du mont Hood à Timberline Lodge (USA), premier des quelque 500 télésièges Riblet à venir

  • 1940 - mars - premier télésiège (monoplace) d'Europe, Ráztoka - Pustevny, dans les Beskides en Tchécoslovaquie (actuelle République tchèque) par František Wiesner

  • 1944 - premier téléski transformé en télésiège (monoplace) pour l'exploitation estivale, au Jochpass à Engelberg, suivant le brevet de Constam

  • 1945 - Von Roll livre le premier TSD2 du monde de Flims à Foppa en Suisse, équipé des pinces VR101

  • 1948 - août - premier télésiège (monoplace fixe) de France à Peisey directement livré comme tel, par la SESSH, utilisable également comme téléski (brevet Constam)

  • 1959 - Cinq TSF2 Poma construits aux USA (Snow Basin, Mt Alyeska...)

  • 1960 - premiers TSF2 Poma en France aux Bossons à Chamonix et à La Clusaz

  • 1963 - premier TSF3 à Boyne aux États-Unis par Riblet

  • 1964 - premier TSF4, toujours à Boyne par Heron Engineering

  • Années 1980 : standardisation et gammes débrayables avec des gares dites légères

  • 1991 - premier TSD6 au monde au mont Orignal, au Canada, par Doppelmayr

  • 1997 - premier TSD8 du monde à Vrådal, en Norvège, par Doppelmayr

 

Historique détaillé

Les pionniers américains des années 1930


Avec le développement de la pratique du ski alpin, dans les années 1930, quelques précurseurs imaginent des remontées mécaniques à destination de l'activité hivernale, plus légères que les seuls funiculaires et téléphériques qui existaient jusqu’alors et nécessitaient une infrastructure lourde.

C’est dans cet esprit que, aux États-Unis, James Curran, ingénieur à l’Union Pacific Railroad, conçut en 1936, avec ses collègues Gordon Bannerman et Glen Trout, les premiers télésièges au monde à Sun Valley dans l’Idaho, sur les pentes de Dollar Mountain et Proctor Mountain, suivant une commande de Charley Protor, le directeur de la station.

James Curran inventa le télésiège en 1936 en s’inspirant du système à câble aérien à crochets qu'il avait développé chez Paxton and Vierling Steel, pour le chargement des régimes de bananes sur les bateaux de la United Fruit Company au Panama.


Leur construction fut confiée à American Steel and Wire. Ces appareils, équipés de sièges monoplaces fixes, furent inaugurés pour la saison 1936-1937. Leur principe fit l'objet d'une licence en 1937 (validée en 1939) sous le nom de Aerial Ski Tramway.

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Télésiège de Proctor Mountain à Sun Valley, USA (Thomas Hawk CC BY-NC 2.0)


La station de Timberline Lodge, vers Portland dans l'Oregon, se fit echo des équipements de Sun Valley et commanda en 1938 à Riblet, le télésiège Magic Mile. L'appareil, implanté sur le mont Hood et inauguré en 1939, fut le premier équipement emblématique d’une longue liste de plus de 500 télésièges Riblet !

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Télésiège Magic Mile à Timberline Lodge, USA (DR, coll. Laurent Berne)



L'Europe à la traîne ?


En Europe, le développement des remontées légères se concentrait essentiellement sur les téléskis, et dans une moindre mesure, les télé-luges (ou télé-traineaux). C’est seulement le 4 mars 1940 que fut mis en service le premier télésiège du continent, à Pustevny dans les Beskides en Tchécoslovaquie (actuelle République tchèque) construit par la société Ingénierie František Wiesner de Chrudim (connue ensuite comme Transporta sous sa forme nationalisée).

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Télésiège Ráztoka - Pustevny, actuelle République Tchèque (DR, archive SkiAlpin Pustevny)


La similitude des infrastructures (gare et pylônes) des premiers télésièges, proches de celles d'un téléski, donna rapidement à l’ingénieur suisse Ernst Constam l'idée d'adapter ses remonte-pentes, en remplaçant à la belle saison les enrouleurs par des sièges monoplaces, pour assurer une exploitation estivale. Le premier téléski à recevoir des sièges fixes fut celui du Jochpass à Engelberg en Suisse en 1944. Cet équipement se vit même complété dès 1945 de petites cabines, préfigurant les installations mixtes modernes.

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Téléski équipé de sièges fixes puis cabines au Jochpass à Engelberg, Suisse (DR, archive Engelberg)


En France, Marcel Dumas avait préfiguré l'idée d'Ernst Constam dès 1936 à Villard-de-Lans, avec la mise en service d'un remonte-pente aux Cochettes pouvant fonctionner avec des sièges ! Mais l’appareil ne fut cependant jamais exploité comme télésiège, sans doute faute d’autorisation.

Le remonte-pente de Marcel Dumas de 1936 était un étonnant téléski bicâble, qui, en cas de manque de neige, pouvait être exploité avec des sièges dont le poids aurait été supporté par le câble porteur. Ignorant certainement l’invention de James Curran à Sun Valley, l'ingénieux Dumas venait d'imaginer parallèlement, en France, le télésiège. Il avait nommé son engin « l'aéro-glisseur », faisant ainsi ressortir les deux modes possibles d'exploitation pour remonter la pente : en aérien avec des sièges, ou en glissant sur la neige avec des enrouleurs.
(voir l'historique du reportage sur la TCD2 de la Cote 2000)

Il fallut attendre la construction du premier télébenne en 1947 et la pression des exploitants pour que l’administration française accepte enfin l’exploitation de téléportés monocâbles pour voyageurs sur le territoire. Installé par Gabriel Juliard, à Valloire sur les pentes de la Setaz, le chantier de cet équipement commença dans l'illégalité, avant que, avec l'appui du préfet de Savoie et de M. Michaud, ingénieur des Ponts et Chaussées, l'interdiction ne fut levée. L'appareil fut finalement inauguré en grande pompe par l'administration en février 1948.

Gabriel Julliard eut l’idée du télébenne et poussa l'administration à autoriser les téléportés monocâbles pour voyageurs en France ! Dérivé du télésiège fixe, le télébenne emploie de petites nacelles fixes légères où l'on monte et descend en marche et dans lesquelles l'on voyage debout. Au sortir de la guerre, ce type d'appareil offrait l'avantage de rester relativement peu coûteux. Il connut un petit succès en France dans les années 1950 mais fut largement adopté par l’industrie italienne du ski, qui le perfectionna même par l’emploi de cabines fixes fermées de forme ovoïde allongée.


Dès lors, le téléski système Constam du Col de Voza, sur les hauteurs de Saint-Gervais, puis celui de la Turche aux Gets, furent modifiés par la SESSH (Société d'Equipement des Stations de Sports d'Hiver) des sallanchards Charles Viard et Léon Curral, pour pouvoir accueillir des sièges.

La SESSH livra également à Peisey (Savoie), en août 1948, un télésiège monoplace fixe système Constam (également utilisable comme téléski avec des enrouleurs à archets), suivant une commande d'Octave Collin, président du ski-club et de son frère Roger, maire de la commune. L'équipement constituait le premier téléporté français directement livré comme télésiège sans modification ultérieure.

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Télésiège-téléski de Peisey, Savoie - France (DR, coll. Laurent Berne)



La Suisse invente le télésiège débrayable


Le 16 décembre 1945, c’est cette fois en Europe qu’une étape majeure fut franchie avec la mise en service à Flims, en Suisse, du premier télésiège débrayable au monde, construit par Von Roll, de Berne. Pour limiter l'écartement de la voie, l'appareil recevait des sièges biplaces à assise latérale par rapport au sens de marche, qui allaient devenir emblématiques de l'industrie suisse des remontées mécaniques.

Le télésiège Flims - Foppa de 1945 inaugurait l'emploi de la pince VR101, conçue en 1944 par Paul Zuberbühler, ingénieur en chef chez Von Roll. La principale caractéristique de cette pince était l’indépendance des 2 mors mobiles : l'un était animé par la gravité, l'autre par la tension d'un ressort. La VR101 allait équiper près de 110 appareils de par le monde, télésièges comme télécabines. Certaines de ces installations restèrent en service jusque dans les années 2010 !


Plusieurs autres exemplaires similaires furent rapidement construit en Suisse. Parmi les plus célèbres, on peut citer ceux du First à Grindelwald (quatre sections !), celui de l’Oeschinensee à Kandersteg ainsi que les deux télésièges du Weissenstein.


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Télésiège du Weissenstein, Suisse (DR, coll. Laurent Berne)


A l'étranger, le produit remporta également un succès et des licences furent vendues à d’autres constructeurs, notamment à Transporta (actuelle république Tchèque) qui mit en service dès 1949 les télésièges débrayables de la Sněžka, ou encore, pour la France, à Monziès, qui livra en 1954 l'unique exemplaire de télésiège VR101 de France à la Colmiane.

En Suisse, mentionnons également l'installation du Hörnli à Arosa. Construit comme téléski par Oehler en 1945, l'engin reçut dès 1948 des sièges monoplaces débrayables employant une attache conçue par Oehler utilisant un système de coincement par effet levier procuré par le poids du véhicule. Son emploi fut cependant limité à cette remontée.

Une autre prototype de pince débrayable, en France cette fois, fut employé en 1949 avec la construction du télésiège des Mémises à Tholon, sur les hauteurs d'Evian-les-Bains (Haute-Savoie). L'équipement, monté par Giovanola, employait une nouvelle pince, dite « à auto-serrage » de la Société de Brevets Français d'Equipement Touristique. Sur cette pince, inventée en 1948, le serrage était réalisé par une came latérale qui, par le frottement du câble, venaient faire pression ce dernier. Une came assurait la fermeture à la montée, et une autre, à disposition inversée, à la descente. L'engin aurait dû constituer le premier téléporté débrayable de France ; cependant, la pince s'avéra impossible à fiabiliser. Aussi, Marc Dumur, ingénieur chez Giovanola, développa quelques mois plus tard la célèbre pince à gravité Dumur Giovanola dont la force de serrage était donnée par la masse du véhicule. Avec ce système, Giovanola livra en décembre 1950 à Verbier, la télécabine à cabines ouvertes de Médran puis modifia l'équipemement de Thollon.

Encore en Suisse, l'ingénieur Gerhard Müller développa quant à lui une pince débrayable basée sur le principe du serrage à vis, reprenant le principe de fermeture de la pince de Theobal Obach de 1872. Le serrage de la pince Müller était effectué en plusieurs tours par une crémaillère située après le lanceur. Une roue dentée placée au centre de la pince venait s'y engrener, et son mouvement de rotation était transmis par le biais d'un accouplement élastique à une vis provoquant la fermeture du mors mobile. Le premier exemplaire de ce type équipa le télésiège biplace Sattel - Hochstuckli dès 1950.

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Télésiège Sattel - Hochstuckli, Suisse (DR)


Constatant des problèmes de fiabilité du serrage avec les vibrations en ligne, Gerhard Müller fit évoluer son modèle pour aboutir à une version plus robuste, type C, munie en de rondelles Belleville en 1954. Les installations primitives furent dès lors modifiées. La pince C Müller poursuivit une brillante carrière durant près de 25 ans, principalement sur des télécabines, directement sur des installations Müller ou par le biais de licences.


60 ans d'évolutions et de records


Pour autant, la technologie à pinces fixes restait majoritaire et les constructeurs concentraient essentiellement leurs efforts sur la capacité des sièges. Ainsi, en 1963, aux États-Unis, Riblet livra au centre de ski de Boyne le premier télésiège triplace au monde. C'est d’ailleurs dans cette même station que Eron installa, dès l'année suivante, le premier télésiège quadriplace.

La technologie fixe domina largement le marché jusque dans les années 1990, le télésiège débrayable restant pénalisé par une conception encore relativement lourde et coûteuse. Cependant, amorçant une politique de standardisation de gamme, Poma déclina en 1972 sa pince S débrayable pour télécabine sur des télésièges biplaces à Pralognan-la-Vanoise (Dou de l'Ecu) et Saint-Lary (Soum de Matte). Avec cette même technologie, Poma inaugura en 1974 les premiers télésièges triplaces débrayables au monde : le Crêt du Merle à La Clusaz, Molanes à Praloup et le Pré-Longis aux Orres.

En 1982, la même entreprise iséroise lançait la gare de télésiège Alpha : une gare compacte conçue dans une logique de rationalisation, intégrant un entraînement moderne prémonté en usine et une gestion hydraulique de la tension avec une emprise au sol limité à seulement deux fûts. La gare était évolutive et pouvait recevoir des lanceurs à pneus. Le premier télésiège fixe à gare Alpha fut installé au Sauze et le premier appareil Alpha Évolutif à Serre-Chevalier (Le Blétonet).

La gare Alpha fut ensuite produite à plusieurs centaines d'exemplaires de par le monde. Son dessin (issu d'un restylage réussi) et sa compacité firent que 30 ans plus tard, on construisait encore des gares Alpha. Rarement un produit aura autant traversé les époques !


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Gare alpha du télésiège du Signal, L'Alpe d'Huez, Isère - France (Laurent Berne)


La donne en matière de popularisation du télésiège débrayable évolua avec la conception de gammes reposant sur des gares dites modulaires, totalement standardisées avec celles des télécabines, et offrant des dimensionnements autorisant des capacités de véhicules plus importantes. Ainsi, en 1991, l'autrichien Doppelmayr mettait en service à la station du mont Orignal, au Canada, le premier télésiège débrayable à six places au monde. L'appareil a reçu de gares standardisées développées par la filiale française Etudes de Transports et qui équipaient déjà des débrayables quadriplaces de France du groupe.

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TDS6 "A" au Mont Orignal, Canada (Penseur)


En Europe, le premier six places fut installé par Poma deux ans plus tard à Avoriaz, offrant un débit de 3 000 personnes par heure. Toujours en France, la station de Val Thorens commandait, en 1995 à Doppelmayr, le premier télésiège débrayable à double embarquement (le télésiège des Cascades), avec un débit maximal record de 4 000 personnes par heure. Le constructeur autrichien réalisa également, en 1997, le premier télésiège huit places du monde à Vrådal, en Norvège.

Aujourd’hui le télésiège standard est le modèle débrayable à six places, principalement implanté sur les grands domaines. Il reçoit parfois différentes options qualitatives comme le chauffage, le garde-corps automatique ou la bulle de protection, très populaires en Autriche. Le télésiège fixe à quatre places reste plébiscité pour des axes secondaires ou des petites stations.

Dernière révision le 03/10/2018 - 15:54