Paul Brun - Président de GMM


 

Bonjour Mr. Brun et merci de m’accueillir sur votre stand au salon Mountain Planet-2024. Pouvez-vous nous présenter l’entreprise GMM en termes d’effectifs, et vos différentes activités sur le marché des remontées mécaniques ?

- GMM aujourd’hui, c’est entre 25 et 30 personnes. Nous sommes basés à Saint-Martin-le-Vinoux en Isère. Nous commercialisons trois produits bien identifiés : le télésiège fixe, la gamme de téléskis qu’ils soient débrayables ou enrouleurs, et le télécorde.
De plus, nous faisons vivre le parc existant, que ce soit sur la partie SAV et pièces détachées, ou sur le volet modernisation des appareils (rénovation, déplacements, reconditionnement ou encore modification) y compris bien évidemment pour notre parc de téléportés débrayables.


Pouvez-vous nous parler des projets/chantiers de l’été 2024 pour GMM ?

- Nos chantiers en appareils neufs sont principalement la livraison de trois télésièges cette année. Nous allons terminer le télésiège de Barmus à Passy (74) qui a connu des difficultés d’autorisation foncière. Aujourd’hui, tous les voyants sont au vert et nous allons finir cette installation. Nous allons également livrer le télésiège de l’Escapade à Puy Saint-Vincent (05) et nous réalisons le télésiège des Quatre Termes de La Mongie (65).
Ensuite, nous allons livrer un téléski neuf à enrouleurs aux Saisies (73). De plus, nous en sommes à la seconde phase du téléski de Dôme Sud aux 2-Alpes (38) sur le glacier. C’est un beau chantier que nous avons commencé l’année dernière et qui est une belle opération. Il s’agit d’une installation nouvelle réalisée à partir d’équipements récupérés hormis la gare motrice qui neuve. Une partie de ce projet consiste à améliorer sensiblement la sécurité des équipes d’exploitation et de maintenance.
Enfin, nous avons des chantiers de GI et de rénovation sur notre parc avec une belle réalisation à Termignon, où nous effectuons une modernisation des dispositifs de trainage des véhicules dans les deux stations d’extrémité du télésiège débrayable de la Girarde.


Comment évolue le marché français des remontées mécaniques dans cette période d’après-Covid et d’incertitude climatique et économique ?

- À ce jour, nous sentons beaucoup d’incertitude sur les projets, tant sur les projets d‘appareils neufs que sur des modernisations, voire même sur des inspections d’équipements. Il y a eu l’année Covid, puis deux années de rattrapage avec des travaux qui n’avaient pas pu être faits, ce qui a entraîné une activité assez soutenue après le Covid. Maintenant, nous sentons que cela se calme un peu. Les difficultés rencontrées cette hiver par certaines stations de basse ou moyenne altitude renforcent le manque de visibilité.
Évidemment, il y a des projets, mais il faut attendre qu’ils se concrétisent.



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En 2024, que gardez-vous en héritage du passé de vos fondateurs Pierre Montaz et Victor Mautino ?

- Cet héritage est très important pour nous. Il y a l’aspect pionnier avec Pierre Montaz qui est quelque chose de très fort. Aujourd’hui, cela se traduit par un grand chantier chez GMM sur comment accompagner nos clients demain en réduisant drastiquement nos émissions de carbone et celles de nos produits. Nous avons vraiment une sensibilité très forte là-dessus. Depuis des années, nous proposons des produits en essayant d’avoir le moins d’impact sur l’environnement. Nous avons été les premiers à proposer des embases métalliques pour éviter de faire du béton. Nous avons aujourd’hui une solution d’embase mixte fabriquée pour les extrémités des stations de téléski. Nous sommes capables de faire des téléskis sans couler de béton sur le site. Ce sont des solutions qui nous semblent innovantes et intéressantes pour réduire l’impact sur l’environnement. Aujourd’hui, nous voulons aller beaucoup plus loin. Le développement de nouveaux produits doit prendre en compte toute la vie du produit, en utilisant le maximum de matériaux recyclés et recyclables, et en cherchant à réduire le temps de chantier. C’est un aspect où nous cherchons à être innovants.
Il y a également tous nos fournisseurs et nos partenaires : GMM aujourd’hui, c’est plus de 95 % de fournisseurs français et même 85 % présent en région Auvergne-Rhône-Alpes ! Nous privilégions les circuits courts avec des partenaires proches de nous. Ceci est une force pour nous et une démarche historique qui dure depuis des années. C’est important pour nous d’avoir une remontée mécanique fabriquée localement.


Les produits de votre catalogue de remontées mécaniques (TSF, TKD et TKE) sont des équipements bien éprouvés. Comment peut-on encore innover en 2024 ?

- C’est peu visible et nous communiquons assez mal dessus, toutefois nous innovons en permanence à l’image des embases mixtes il y a quelques années ou le dispositif de mise en place du plateau de service sans moyen de levage externe plus récemment.
Nous venons de développer une nouvelle gare de télésiège avec pour maîtres mots : l’environnement et la sécurité des travailleurs. Des matériaux recyclés, des équipements moins lourds et de meilleurs rendements. Du matériel standard pour éviter de développer des produits spécifiques qui sont compliqués à maintenir en SAV, plus chers et plus longs à obtenir en approvisionnement. Donc vraiment rester dans des produits les plus standards possibles et avoir au final un appareil moins impactant.
Il y a un autre aspect dans nos innovations : la sécurité au travail et l’ergonomie de nos installations. Par exemple, la gare 7+ est un produit très apprécié de nos clients. Dans le cadre du développement de la nouvelle gare GMM, l’objectif principal était d’améliorer la sécurité et l’ergonomie pour que toutes les tâches de maintenance et de contrôle puissent se faire dans des conditions de sécurité optimales. Pour les skieurs, nous avons mis en place des dispositifs assurant une stabilité du siège à l’embarquement quel que soit le cas de charge. Pour l’exploitant, des accès sécurisés sans avoir besoin d’EPI et sans avoir besoin de couper le flux de sièges, la possibilité de mettre en place et stocker facilement la nacelle de service sans moyen de levage externe, de ranger des équipements et outillage à l’abri. Nous avons tout réfléchi pour faciliter le travail des exploitants.


Les gammes de téléski (TKE) et de télésiège (TSF) sont très recherchées partout dans les Alpes et en Europe. En tant qu’entreprise française, qui respecte toutes les normes européennes, pourquoi n’êtes-vous pas plus présents à l’export ?

- Bien sûr que nous pourrions nous lancer sur le marché européen. La période Covid a été une période compliquée pour GMM. Il a fallu que l’on se reconstruise par la suite et c’est ce que nous faisons depuis deux ans. Nous rebâtissons des fondations solides et je ne veux pas aller trop vite.
Aujourd’hui, nous avons un marché français important. Nous souhaitons être très proches de nos clients français où nous avons un parc de remontées mécaniques, dû à l’histoire de Montaz-Mautino et Gimar, qui est conséquent. Donc, nous voulons nous concentrer sur ce marché français qui est dynamique et être là à côté de nos clients et leur proposer le meilleur service possible.
Concrètement, nous sommes une PME d’une trentaine de personnes, développer le marché à l’export signifie avoir une structure et une organisation un peu différentes. Aujourd’hui, nous ne sommes pas prêts pour cela et ce n’est pas notre volonté. Toutefois, nous verrons dans les années à venir comment cela se passe.


Le fait que le groupe Poma soit actionnaire à hauteur de 20 % du capital de GMM a-t-il un impact sur la stratégie commerciale et industrielle de l’entreprise ? Y a-t-il de la sous-traitance industrielle entre les deux entreprises ?

- Aujourd’hui, il y a une indépendance totale dans la stratégie. Le pilotage de l’entreprise est fait à 100 % par GMM. Sur certains secteurs, nous sommes concurrents, sur d’autres, nous pourrions être complémentaires.


GMM souhaite-t-il se lancer dans le marché de l’urbain/tourisme grâce à son expérience en TCP issue de Montaz-Mautino ? On constate que l’on peut adapter les téléskis aux activités estivales ou touristiques, est-ce une diversification que vous travaillez ?

- Évidemment, la diversification fait partie de nos préoccupations. Aujourd’hui, nous proposons des télésièges qui peuvent transporter des VTT ou des luges. Nos téléskis sont équipés de perches adaptées à la traction de VTT. Tout ceci est au catalogue. Dans la diversification, l’urbain, c’est un peu différent car les projets sont souvent très importants et très longs. Nous ne sommes pas structurés ni équipés pour répondre à ce type de projets. Par contre, sur des équipements plus modestes, nous pouvons avoir une place à jouer avec nos équipements dans des parcs de loisirs et sur des équipements privés.


GMM envisage-t-il une diversification dans des produits loisirs pour moins dépendre de l’activité remontée mécanique ?

- Aujourd’hui, notre cœur de métier est le transport par câble et nous souhaitons rester centrés sur cette technologie. Nous pensons, d’une part, qu’il est important de continuer à apporter tous les services à nos clients pour faire vivre leurs parcs de remontées mécaniques dans les stations de ski pour l’exploitation quatre saisons. Nous pensons également que le transport par câble peut sortir des domaines skiables et apporter une vraie solution de transport décarbonée hors des activités liées à la neige.


Comment voyez-vous l’activité de GMM de demain ?

- GMM souhaite s’inscrire dans le transport par câble de demain.
C’est une vraie volonté, vous l’avez compris. En proposant des appareils moins impactants, qu’il s’agisse de matériel neuf ou reconditionné, récupéré et révisé.
Nous pensons que cela fait partie des solutions qu’il nous faut proposer demain car les budgets dans le futur seront certainement moins importants. Donc à nous d’être capable de proposer des solutions qui répondent à ces problématiques. Il va y avoir des appareils qui se démontent et il faut que nous soyons capables de les réutiliser afin d’en faire les installations de demain.
GMM a la volonté de continuer à proposer une expertise forte, notamment dans le téléski. Nous avons engagé il y a deux ans un travail de ré internalisation sur de nombreux sujets, tels que la révision des glissières, la révision des pylônes d’angles des téléskis, la révision des départs automatiques. Et nous sentons qu’il y a un vrai besoin.


Pour conclure l’entretien, connaissez-vous le site Remontées-mécaniques.net ? Si oui, comment l’utilisez-vous dans le cadre de votre activité professionnelle ?

Je crois qu’aujourd’hui le site Remontées-mécaniques.net est connu de tous qui travaillent dans le secteur du transport par câble. Votre site est devenu un outil de travail, une base de données colossales que GMM utilise au quotidien. Nous nous en servons beaucoup pour avoir accès aux informations disponibles dans les reportages des appareils mais également pour nous tenir au courant des projets, de l’avancement des chantiers, ou encore des nouveautés. Bravo à vous pour ce travail et votre implication. Je pense que vous pouvez être très fier de ce qu’est devenu RM.net !


Paul Brun, merci pour cet entretien.

Entretien réalisé le 17 avril 2024, au Mountain Planet (Grenoble).

Pour aller plus loin :
- Le site internet de GMM.
- La fiche GMM dans la BDD de Remontées-mécaniques.net.
- Sur le forum, la discussion concernant l'actualité de GMM

Dernière révision le 12/06/2024 - 13:04