Zoo de Beauval - Samuel Leroux


 

Bonjour Mr Leroux et merci de nous accueillir dans le parc animalier de Beauval. En découvrant votre appareil nous nous sommes demandé les raisons de cet investissement et quels étaient les besoins du parc quand le projet est né ?

- On souhaitait réaliser un moyen de transport pour aider les personnes âgées ou nos clients à mobilité réduite. Notre parc est de plus en plus grand. Aujourd’hui, nous sommes à 40 hectares visitables et il est difficile de tout parcourir en une journée complète. Nos visiteurs viennent parfois sur deux jours. On a voulu donner un moyen un tout petit peu plus pratique, commode pour notre clientèle familiale de plusieurs générations de l’arrière-petit-fils jusqu’à l’arrière-grand-père. La première idée était de faciliter la visite. Nos espérances initiales ont été dépassées car la télécabine est devenue une expérience et une attraction pour faire voir et vivre le parc depuis les hauteurs et offrir une autre vision.


Aviez-vous visité d’autres parcs animaliers ou d’autres sites touristiques équipés de remontées mécaniques avant de réaliser cet investissement ?

- Dans le cadre d’une tournée américaine qui nous a permis de visiter douze parcs aux États-Unis, on a notamment vu le zoo de San Diego qui est pour nous l’un des plus beaux au monde. Ils exploitent une télécabine ouverte depuis 1976 qui a une longueur et une vitesse comparables à la nôtre. C’était le seul point de repère que nous avions en parc zoologique.


Comment avez-vous fait votre choix pour le type de matériel installé (TCD) et le fournisseur (Poma) ?

- Le choix a été dicté pour beaucoup par mes souvenirs d’enfance car j’adore la montagne. J’aime ce milieu, et depuis ma naissance je me rendais dans la station des Gets (Haute-Savoie) où j’ai toujours rêvé devant la télécabine des Chavannes avec ses œufs rouges. À l’époque, je pouvais rester des heures à regarder la gare, le moteur. Du coup, Poma a résonné dans mon esprit et ma première démarche a été de les appeler. Je ne me suis pas posé de question et j’ai appelé au siège. Je me suis dit que Poma allait me prendre pour un cinglé et je suis tombé sur une secrétaire qui m’a dit « Attendez, on va vous rappeler ». Quelques heures plus tard, il y’avait un ingénieur qui me rappelait et qui a tout de suite été passionné par le projet. En parallèle, et comme depuis quelques années je vais plutôt skier en Maurienne, j’ai contacté Doppelmayr basé à Modane. Ils sont venus voir aussi. Disons que Poma a tout de suite pris en compte notre demande, et ensuite tout a été très rapide dans la réalisation du projet.


Quelles difficultés avez-vous rencontré lors du chantier de construction de cet équipement ?

- Il n’y a pas eu beaucoup de difficultés. Déjà, j’ai trouvé des équipes très motivées. La société Comag, chargée de la construction, a été formidable. Les équipes sont arrivées sur site et étaient ravis de travailler dans un parc zoologique. Ils ont vu l’énergie que l’on mettait dans notre projet et cela leur a bien plus. Ce qui a certainement été le plus compliqué, c’est qu’il a fallu pour la pose des pylônes, notamment les P2 et P3, entraîner certains animaux aux bruits des hélicoptères Super Puma pendant plusieurs semaines. C’est la principale contrainte rencontrée. L’autre point d’attention a porté sur le déroulement du câble. Les équipes de la Comag ont incroyablement bien bossé lors de cette opération qui s’est effectuée au drône et avec 100 tonnes sous tension. Ceci sans fermer le parc alors qu’en montagne quand ce type d’opération est réalisé il faut qu’il n’y ait personne en dessous. Il a fallu prévoir ces points de vigilance et tout s’est vraiment bien passé.


On remarque vos cabines Diamond particulières qui ont une assise quatre places et un espace semi-debout. Pourquoi avoir fait ce choix ?

- Le choix de cette cabine particulière était de mettre quatre places assises dans le sens de la marche. On a une clientèle familiale avec de nombreuses poussettes. On ne souhaitait pas avoir une poussette coincée entre deux banquettes et devoir remonter une banquette à chaque fois. On ne voulait pas donner également à nos clients, personnes à mobilité réduite, la sensation de devoir adapter la cabine à leur situation. Alors que là, avec une banquette, les personnes en fauteuil rentrent sans soucis. Il en est de même pour nos clients équipés de grosses poussettes qui accèdent facilement à la cabine avec leurs enfants. On a placé aussi une banquette debout (Miséricorde) pour être accoudé debout, ce qui permet aux visiteurs de s’appuyer pour regarder de l’autre côté. C’est une cabine très agréable et très appréciée.


Cet appareil ouvre de nouveaux métiers et compétences dans votre activité. Comment vous êtes-vous organisé ?

- Oui, on découvre de nouveaux métiers, mais à Beauval on sait le faire car on doit être à 55 métiers différents au sein de l’entreprise. Au fur et à mesure de l’avancement du projet, on a eu des rencontres humaines fortes. Poma a emmené nos équipes très vite rencontrer la station de la Clusaz et on a tout de suite sympathisé avec les acteurs de ce domaine skiable et surtout avec Pierre Lestas qui était à l’époque le président de Domaines Skiables de France (DSF). Du coup, la relation avec Pierre a été rapidement assez forte et nous avons adhéré à DSF. Cela nous a permis de profiter de la plateforme de DSF pour passer des annonces de recrutement qui ont été lus par les professionnels de la montagne et c’est comme cela que l’on a reçu de nombreuses candidatures. On a gardé trois CV de profils qui avaient plus de 10 ans d’expérience en montagne. On ne cherchait pas uniquement un conducteur. On voulait des personnes qui avaient déjà des notions de maintenance, car notre but était de constituer une équipe qui soit autonome en conduite et en maintenance. On a monté un programme de formation sur deux ans, et on va préparer tous nos conducteurs plus un agent électrotechnicien de l’entreprise à la maintenance de la télécabine.


Après quelques semaines d’exploitation, quel est votre ressenti et celui de votre clientèle sur ce nouvel équipement ?

- Après un petit peu plus d’un mois d’exploitation, je retrouve mes yeux d’enfants. Tous les jours, je suis émerveillé comme un gamin. À titre personnel, j’ai réalisé un rêve et donc je suis ravi. Au niveau du résultat, on est content car l’appareil tourne très bien. On a eu quelques petits soucis de démarrage qui ont été très vite réglés. C’était plus du rodage qu’autre chose. Et on a surtout, et c’est cela l’essentiel, un retour client extraordinaire. Nos visiteurs sont ravis d’emprunter cet appareil et nous disent : « c’est une superbe idée », « c’est une nouvelle expérience ». Ils écarquillent les yeux et tous les voyants sont au vert. On fait rêver encore les visiteurs du parc et c’est super.


Samuel Leroux, merci pour cet entretien.
Entretien réalisé le 18 mai 2019 au zoo de Beauval.

Pour aller plus loin :
- Le reportage présentant la télécabine Nuage de Beauval.
- Le site internet du ZooParc de Beauval.

Dernière révision le 11/03/2021 - 20:19